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RADU MUNTEAN
Réalisateur de "Mardi, après Noël"
Par Aurélien G.


Un paysage mental

En 2007, le festival de Cannes consacrait un film roumain, Quatre mois, trois semaines et deux jours en lui attribuant la Palme d’Or. Cette réalisation de Cristian Mungiu offrait une visibilité soudaine à plusieurs de ses confrères.

Radu Muntean fait partie de cette « nouvelle vague » de réalisateurs roumains, aujourd’hui âgés d’une quarantaine d’années, grandis sous la fin de l’ère Ceaucescu. Présenté à la quinzaine des réalisateurs en 2008, Boogie, balade nocturne d’un trentenaire revivant les excès de sa jeunesse le temps d’une soirée passée avec des amis d’enfance, nous faisait découvrir ce cinéma, d’un réalisme épuré, abordant frontalement l’ordinaire dans ses détails les plus infimes, les plus intimes. L’originalité de ces images, surprenantes de minimalisme, dénuées de tout sentimentalisme, est d’en rester à ce qui y a de plus basique pour permettre au regard d’imaginer ce qu’il y a, derrière. On retrouve cette même fascination pour les plans séquence, ce rythme faussement nonchalant, dans Mardi, après Noël, présenté à Cannes cette année (sélection « Un certain regard »). La sortie de route, ordinaire, d’un couple, ordinaire, mis à mal par l’infidélité, ordinaire. Un questionnement sur la fatalité et la responsabilité qui, derrière le trivial et les non-dits, cache comme un volcan.

Objectif Cinéma : L’histoire que vous racontez, intime, filmée essentiellement dans des intérieurs, aurait pu appeler un format d’image plus étroit. Pourquoi avoir choisi de filmer en Scope ?

Radu Muntean : Principalement pour deux raisons : une fonctionnelle et l’autre esthétique. D’un point de vue fonctionnel c’était plus facile car j’avais souvent deux ou trois personnages dans le champ. Et puisque je tournais en plan-séquence, je ne pouvais pas couper sur l’un pour aller sur l’autre. D’un point de vue esthétique, je voulais aussi que le film soit beau. Le vrai drame est à l’intérieur du personnage principal, pas à l’image. Je voulais créer ce contraste. Que, d’un point de vue extérieur, la vie de cet homme ait l’air parfaite, propre. Le scope permet de créer cette forme de paysage que je recherchais, cette sensation.

Objectif Cinéma : Le film se déroule dans l’esprit de Paul, le personnage principal, dans sa retenue, dans ce qu’on suppose être ses intentions. L’image représente ce « paysage mental » ?

Radu Muntean : Oui.

Objectif Cinéma : Boogie, votre précédent film, était tourné caméra à l’épaule, tandis qu’ici la caméra est fixe. Pourquoi ?

Radu Muntean : Je voulais voir si je pouvais obtenir le même niveau de réalisme en mettant la caméra sur pied. Allais-je pouvoir recréer la même sensation d’intimité, de proximité avec les personnages ? J’espérais parvenir à cette objectivité apparente, par rapport à la narration, en amenant ce voyeurisme à l’intérieur de la chambre, de ces petits espaces. Je voulais aller au-delà de ce que j’avais déjà fait, en faisant « disparaître » la caméra, pour ne pas qu’elle soit perçue comme un personnage. La caméra devait être invisible, de même que l’auteur, le narrateur. C’est pourquoi j’ai choisi d’être si statique, de raconter l’histoire d’une manière non intrusive.