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Berlinale 2011
Schlafkrankheit / La Maladie du sommeil, d’Ulrich Kohler
Par Nicolas VILLODRE


Dès le début où presque, se pose le problème crucial, ici comme partout, de l’argent. En l’espèce, si l’on peut dire, avec le sous-thème du bakchich, apparemment habituel, qui permet d’arrondir la question de papiers pas tout à fait en règle, en même temps que les fins de mois de fonctionnaires de police sous-payés. « Un petit cadeau, cela peut aider », dit le flic camerounais au médecin allemand en (fin de) mission humanitaire. Incorruptible ou puritain, celui-ci ne s’en laisse pas compter. Tout s’arrangera par un accord amiable en forme de troc à l’africaine.

Cette première partie est un peu le blues du médecin (qui n’a rien à voir avec celui du dentiste que Vian et Salvador avaient imaginé), personnage entre deux eaux, qui prépare son déménagement mais n’a pas vraiment envie de rentrer « au pays ». Sa femme (finement interprétée par Jenny Schilly) et sa fille pèsent naturellement sur la balance.

La deuxième partie du film est consacrée à l’arrivée en Afrique d’un Africain de Paris habitué au confort occidental et pas vraiment adapté au mode de vie en brousse.

La structure fait songer à celle des films à sketches des années soixante. Sauf qu’ici, le film est en deux récits seulement, signés du même auteur, séparés par une ellipse temporelle, non conclus et, pour ce qui est du finale proprement dit, ouvert au sens : la métaphore rouchienne avec la figure de l’hippopotame (amorcé par une anecdote sur un médecin suisse ayant cocufié un pharmacien) boucle poétiquement l’opus.

Cette opposition rappelle celle d’un Pierre Verger qui, dans Brésiliens d’Afrique, Africains du Brésil, avait analysé les composantes de la colonisation, avatar de la traite des Noirs et mis en scène l’aller-retour de descendants d’esclaves dans le continent-source.

Le film est on ne peut plus subtil. Les héros, fatigués, alcoolos (sans que cela soit spécifique à l’Afrique, comme l’a rappelé Girardot, puisque, par exemple, chez John Ford, tous les docs picolent), cédant tôt ou tard à la tentation polygame, attachants, sont parfaitement plausibles, formidablement bien rendus par les comédiens. Le jeune acteur noir Jean-Christophe Folly a par moments des intonations parigotes à la Fabrice Eboué ; Girardot, qui s’est fait un prénom depuis lurette, a la même décontraction à la ville qu’à la scène ; le comédien Pierre Bokma, qui incarne le médecin allemand, n’en rajoute pas dans ses effets ; on retrouve avec plaisir la très photogénique Nathalie Richard...