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Berlinale 2011
Mama Africa, de Mika Kaurismaki
par Nicolas VILLODRE


Il s’agit de la première biopic consacrée à la plus grande chanteuse africaine d’après-guerre, Miriam Makeba, lancée par Harry Belafonte dans ses shows télévisés et promue par lui lors de tournées en Amérique qui lui donnèrent accès au marché du disque. Le docu a été honnêtement réalisée par le frère Kaurismaki, dans le style en vigueur d’Arte, alternant entretiens, archives et bouts de chansons frustrants par leur brièveté (toujours ces maudites questions de droits musicaux...). La B.O., si B.O. il y a, sera à n’en pas douter un succès au box-office, comparable à celui de la bio Ray.

Mise à part la forme traditionnelle épousée par le réalisateur et le ton hagiographique de l’opus (c’est la loi non écrite du genre), on ressort de la projection tout émerveillé. Les personnages interrogés sont intéressants, exubérants ou au contraire humbles et simplement touchants. Les petits-enfants de la chanteuse, un peu écrasés par sa gloire, se révèlent des témoins et des acteurs convaincants.

On regrette bien sûr que le guitariste Sivuca (= Severino Dias de Oliveira), disparu en 2006, n’ait pas pu témoigner directement. Les deux autres musiciens de Makeba, le bassiste Bill Salter et le percussionniste Leopoldo Fleming, se retrouvent dans un café de Manhattan et se penchent sur leur passé commun au côté de la chanteuse sud-africaine, devenue grâce à son talent (une voix unique capable de moduler à l’infini et de tout exprimer), en à peine un ou deux ans, une star internationale.

Le film parle d’un temps qui semble révolu mais qu’il convient d’interpréter à la lumière d’événements tout ce qu’il y a de plus récents. L’apartheid, la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, la fierté noire, le mouvement des Black Panthers (il faut dire que Miriam Makeba eut une « love affair » avec Stokely Carmichael le leader de ce groupe d’activistes que le FBI eut longtemps dans son collimateur), les discours historiques à l’ONU. Et puis, soudain, la libération de Nelson Mandela, la fin de la ségrégation en Afrique du Sud, le retour au pays de la chanteuse. Sans oublier Obama, Afro-américain arrivé au pouvoir grâce à Katherine Dunham, Duke Ellington, Josephine Baker, Harry Belafonte, Sidney Poitier, Cassius Clay, James Brown, et Miriam Makeba…