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Berlinale 2011
Sondervorführung / La Grotte des rêves perdus, de Werner Herzog
par Nicolas VILLODRE


C’est l’un des films les plus spirituels, dans tous les sens de ce terme, qu’il nous ait été donné de voir à la Berlinale. Tout d’abord, il y a l’usage paradoxal de la 3D qui, au lieu de restituer le relief, rend l’effet inverse, le creux, le vide, le concave – car cave ou caverne platonicienne l y a. Une cave qui ne se rebiffe pas, qui s’offre pour la première fois à nous – pauvres spectateurs qui n’aurons pas la possibilité de la visiter en chair et en os (cf. les têtes et parties de squelettes d’animaux préhistoriques, de bisons et de mammouths). Donc, le film faute de mieux – d’une réplique de la grotte pour tourisme de masse. La grotte Chauvet (puisque c’est ainsi, du nom de son inventeur qu’il faut l’appeler) a été, comme c’est devenu l’habitude, confisquée pour le seul usage des scientifiques.

Ces personnages, d’autant plus remarquables dans le film de Werner Herzog qu’on les dirait droit sortis d’un casting de Jean-Pierre Mocky, enrichissent la voix-off de l’auteur et émaillent de leurs propos pertinents, de leurs commentaires pointus ou, au contraire, de leurs remarques totalement délirantes, farfelues, et étranges, la bande image, en soi suffisamment intrigante.

Et qui commence fort, par l’hommage du cinéaste au patrimoine à la fois naturel et culturel de la France que représente la vigne (un cépage qui ira probablement contribuer au prestige des chais du Pont d’Arc), filmée à ras des pâquerettes, en travelling avant, les branches des ceps et les fils de fer bornant la parcelle venant quasiment chatouiller ou griffer le visage du cinéphile. Cette plantation, qui servira plus loin de terrain d’expérience à un scientifique (Jean-Mi Geneste, si le Dr ne m’abuse) voulant à tout prix prouver l’efficacité d’un lance-javelot trouvé dans les parages, permet de situer la grotte, de donner son contexte et aussi le ton du film.

Plus loin, Herzog, adepte de Brecht, nous dévoilera le processus de fabrication de son film. Il nous montrera le matériel utilisé par sa petite équipe pour éclairer la grotte et nous révélera que les travellings complexes sur les paysages ardéchois n’ont pas été obtenus au moyen d’une grue louée à Hollywood Land, à Cinecitta ou à Babelsberg mais tout simplement avec une (double) caméra embarquée sur un drone contrôlé à distance par un assistant.