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Berlinale 2011
Escuchando al juez Garzón / En écoutant le juge Garzón, d’Isabel Coixet
par Nicolas VILLODRE


Le directeur de la Berlinale, Dieter Koslick, en personne, qui a désormais troqué sa traditionnelle écharpe rouge pour une bleue roi, avait fait le déplacement pour présenter avec l’auteure du film cette séance spéciale programmée par le festival dans le cadre de ses galas. Cela paraît simple, encore fallait-il le faire, autrement dit : obtenir rendez-vous avec un personnage tel que le juge Baltasar Garzón, préparer un tant soit peu les questions, procéder à l’enregistrement, image et son.

C’est ce qu’a fait la sympathique Isabel, dont on n’avait pas goûté le nanar qu’elle avait réalisé avec Penelope Cruz, qui a produit et réalisé ce document d’un nouveau genre, pas vraiment un documentaire, plutôt une confession, débitée sur un ton tranquille, pendant six heures, dont on a gardé l’essentiel, environ l’heure et demie qui est la durée habituelle des tragédies raciniennes.

Tournée en vidéo, visiblement à l’aide de deux caméras, livrée en noir et blanc pour aller à l’essentiel (la parole du juge contre celle de la partie adverse, aux moyens de nuisance illimités), thématisée par des intertitres graphiquement réussis, la bande montre le juge, capté en contrejour, en légère contreplongée (les historiens de l’art diraient : « en perspective héroïque ») et en champ/contrechamp avec un interrogateur qui joue plus le rôle de faire-valoir que celui d’inquisiteur. Car c’est un peu le problème actuel de Baltasar Garzón qui va être amené à être jugé (ou déjugé) à son tour, par un tribunal assez spécial, pour ne pas dire spécieux, prêt à lui régler son compte au lieu d’examiner celui de sa banque et de vérifier si les virements provenant de la Santander ont un rapport avec le fait qu’il ait étouffé, comme la presse déchaînée le lui reproche, un dossier concernant le PDG de cette même banque, Emilio Botin...

Le contenu et la personnalité du juge sont passionnants. On pense au film de Barbet Schroeder, L’Avocat de la terreur, dont nous avons eu l’occasion de rendre compte ici-même, car Me Vergès, comme l’honorable Garzón se croient chargés d’une mission d’essence divine, purificatrice, on ne peut motivés par la haute conception qu’ils ont de leur fonction – et pas, comme on le croit généralement, l’estime ou l’opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. Cette vision de leur rôle dans la justice des hommes, qui rejoint un peu l’idée du salut public de la Révolution française (les excès en moins !), les a amenés à se frotter au conformisme du système judiciaire en place. Le juge remet en cause l’état des choses. Au nom de l’Etat, il s’en prend à l’ETA et au terrorisme en général. L’avocat de la terreur, au lieu de défendre un vulgum pecus, préfère attaquer de front l’Etat avec un greand "E" en s’appuyant sur le système de rupture, nihilistement – autrement dit : défendant l’indéfendable, comme ce fut le cas avec le criminel de guerre Barbie.