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Berlinale 2011
Mondo Lux, Die Bilderwelten des Werner Schroeter Mondo Lux / L’univers visuel de Werner Schroeter, d’Elfi Mikesh
par Nicolas VILLODRE


L’année dernière, nous avions eu l’occasion de rendre compte, ici-même, de l’expo photo de Werner Schroeter. La réalisatrice Elfi Mikesh, qui est venue présenter son film et en débattre avec Rosa Von Praunheim à l’issue de sa projection en avant-première à Berlin, eut l’idée de filmer l’accrochage ainsi que le vernissage de cette rétrospective. Vu l’état d’urgence – celui de la santé détériorée du cinéaste affaibli par le cancer – elle décida de prolonger ce tournage et de le suivre dans ses dernières séances de travail afin de garder trace de sa conception de la mise en scène, de son rapport presque naturel à la musique et de son sens aigu du détail.

Le film alterne les séances de travail de Schroeter avec les comédiennes répétant son collage de texte sur la rencontre d’Antigone et d’Electre, des séquences prises dans sa filmographie et des entretiens avec ses collaborateurs ou d’autres artistes (sa costumière, la comédienne Isabelle Huppert, le cinéaste Rosa Von Praunheim qui fut son amant à la fin des années soixante, Ingrid Caven qui vécut en communauté en 1967 avec un groupe d’artistes dont il faisait partie, etc.).

Un document le montrant dans un auditorium en train de post-synchroniser en allemand un film tourné en français, prouve son extrême exigence à la recherche de l’intonation la plus juste. Tout se passe comme si Schroeter montait ses films ou ses pièces à l’oreille, accordant moins d’importance à l’image qu’au son.

Ceci est vrai au moins à ses débuts – des séquences de films plus récents révèlent son goût pour la composition photographique et les influences de la peinture (celle en particulier de la période baroque) sur son cinéma.

Quoiqu’il en soit, il a toujours placé au-dessus de tout quelqu’un comme Callas qui représente pour lui le génie absolu, au sens grec du terme, c.à.d. un être à mi-chemin entre l’humain et le divin.

Il est lucide et détecte immédiatement le détail qui cloche – par exemple cette construction moche derrière le beau tirage du portrait en noir et blanc de la comédienne Magdalena Montezuma. Il ne semble jamais totalement satisfait de ce qu’il fait – il manque trois jours de répétitions, glisse-t-il à son ami et confrère Wenders venu assister à sa dernière mise en scène.

Le dandy Schroeter rappelle que c’est en France qu’on a le mieux reçu ses films. Il évoque leur présentation à ses yeux historique à la Cinémathèque Française, la vraie, celle d’Henri Langlois, en 1974 et l’accueil chaleureux du public. Peu à peu Schroeter, Schmid et Fassbinder ont imposé leur esthétique aussi bien en Allemagne que dans le reste de l’Europe. Celle de Pina Bausch se rapproche, consciemment ou non, à ce moment-là, de l’univers de ces trois cinéastes.

Un extrait de son film Generalprobe montre un plan-séquence mélancolique avec le danseur de butô Kazuo Ohno.

On garde en tête ses propos sibyllins sur l’art, à la fois artificiel et nécessaire selon lui. Pour Schroeter, « l’art est un matériau excitant comme l’amitié. L’art est amitié. »