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LA BALADE SAUVAGE
par Ariane Gaudeaux
Les éditions de la transparence
Par Nicolas VILLODRE


Les éditions de la transparence viennent de publier l’essai d’Ariane Gaudeaux portant sur le film mythique – pour ne pas dire, de manière cucul, culte – du réalisateur indépendant américain des années soixante-dix Terrence Malick : La Balade sauvage/Badlands (1973). Marc Cerisuelo, qui ouvre l’ouvrage, résume la carrière du cinéaste, un Texan aux origines libanaises, joueur de football américain, professeur au MIT, traducteur du gourou de Jean-Paul Sartre et Hannah Arendt, Martin Heidegger, élève de cinéma à l’AFI ; puis il évoque le scénario, inspiré d’une histoire vraie, qui renoue « avec les fictions du couple criminel en fuite comme They Live by Night et Gun Crazy  » ; il rappelle que l’opus a contribué à lancer deux comédiens débutants (ou presque), Martin Sheen et Sissy Spacek ; il évoque la vision contemplative de la nature et des grands espaces et par le récit délégué, en voix-off, à une adolescente pas vraiment consciente de ce qui arrive ; enfin, le préfacier fait, à juste titre, l’éloge de la jeune auteure. Par son étude, celle-ci a, littéralement, « dévoilé » le film à son lecteur en lui proposant sa propre vision, une revisitation ou une ré-vision de celui-ci.

La collection Cinéphilie est une sorte d’Avant-scène cinéma en mieux. Le papier choisi par l’éditeur est composé d’un grammage assez fort ; il est blanc et semi-brillant. Les livres, d’une centaine de pages chacun, en format de poche, sont constitués de petits cahiers brochés, cousus, assemblés et collés – le seul reproche qu’on puisse faire à leur mise en page est cette marge intérieure qui, par une tradition idiote, est inférieure à celle qu’on trouve côté massicot, ce qui oblige le lecteur à écarteler la reliure au risque de lui casser le dos. Les photogrammes et photos de tournage sont parfaitement imprimés, en couleur, qui plus est. Le texte est plus long qu’un simple découpage technique, plan par plan et parfois même un peu plan-plan, et ne se borne pas à la description tautologique du visible ou du visuel. En outre, ce qui est rarissime, les livres sont apparemment relus – on n’a trouvé dans le cas présent que deux erreurs bénignes et il ne doit pas en rester quantité d’autres : p. 23, « féériques » au lieu de « féeriques » ; p. 33, les deux points qui, en anglais, ne sont jamais suivis d’un espace dans la phrase qui commence par « And I remember thinking to myself : ».

Le contenu, qu’on s’intéresse ou non à ce cinéma narratif contemporain – ce n’est pas notre tasse de thé, mais bon ! – que certains ont tendance à qualifier un peu vite de « moderne », autrement dit à un corpus dans la tradition du cinéma « indépendant » des années cinquante – mouvement anti-studio ou contre le cinéma de papa, qui fut planétaire, rappelons-le, pas seulement américain –, est d’un degré spéculatif élevé. L’auteure jongle avec les citations en anglais, les dialogues du film, les entretiens donnés ici et là par les participants ou le réalisateur, les notions forgées par les philosophes en général et les théoriciens du récit cinématographique (et du film dysnarratif) en particulier (Christian Metz, notamment, qui, à la fin de sa vie, s’enthousiasma pour un cinéma expérimental qu’il n’eut malheureusement pas le temps d’analyser), bref, fournit un travail quasiment exhaustif sur le film et les questions qu’il pose plus qu’il ne résout.