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PLAYING A PART :
The Story of Claude Cahun

de Lizzie Thynne
Par Nicolas VILLODRE


L’importante expo Claude Cahun au Jeu de Paume, quatorze ans après celle du Musée d’art moderne de la ville de Paris, qui révéla le travail photographique de cette Nantaise proche du mouvement surréaliste, nous a permis de découvrir le très intéressant documentaire de l’Anglaise Lizzie Thynne, Playing a Part : The Story of Claude Cahun (2005), 45’, récemment présenté au festival « Films de femmes » de Créteil. Après le succès un peu scandaleux, il faut bien le dire, du roman de Victor Margueritte La Garçonne (1922), la figure de la jeune femme affranchie, les cheveux coupés court, a fini par s’imposer et devenir familière en ce temps de Folles années ou d’entre deux guerres. Le personnage Claude Cahun fut inventé (en 1915, d’après le film, en 1917, si l’on en croit Armelle Canitrot de l’Encyclopaedia universalis) par l’écrivaine Lucy Schwob (1894-1954). Cette artiste fut pionnière en matière de transgenre et remit en cause, à sa façon, par son comportement, son accoutrement, ses coiffures (teintures, coupes masculines ou extrêmement courtes, l’anti-coiffure qu’est le crâne rasé façon bonze, dix ans avant Harald Kreutzberg, et trente avant Yul Brynner) son mode de vie, ses écrits et ses compositions photographiques la notion d’identité sexuelle ainsi que les conventions bourgeoises d’avant-guerre. Elle prit pour modèles, comme le souligne la réalisatrice, Oscar Wilde, écrivain raffiné qui connut la prison du fait de son homosexualité ainsi que son oncle, le romancier symboliste Marcel Schwob, autre grand excentrique. Claude et sa compagne furent condamnées à mort par l’occupant allemand pour avoir tapé et diffusé des tracts portant atteinte au moral des troupes : c’est par ce flash-back que commence le film...

Claude (prénom ambigu) Cahun vécut en couple, de manière quasiment incestueuse avec son amie d’enfance et sœur par alliance Suzanne Malherbe, une dessinatrice de talent qui se fit connaître quant à elle sous le pseudo de Marcel Moore. Les images présentées au Jeu de Paume (dont certaines totalement inédites), généralement autocentrées, égotiques, narcissiques, furent prises sur une longue période, de l’adolescence à la fin de la vie de l’artiste à Jersey. Selon nous, formellement parlant, elles n’innovent pas du tout, ou pratiquement pas – la série de portraits juxtaposés, destinée à un keepsake, autrement dit un de ces albums que les Anglais offraient au moment des étrennes au 19e siècle, ou une sorte de « livre d’artiste », étant exceptionnellement belle et originale, question présentation et format oblong.