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LE CINEMA DE
GUY DEBORD

Un livre de Fabien Danesi
Par Nicolas VILLODRE


Les Editions Paris Expérimental, qui ont édité ou réédité, entre autres (pour vous donner une idée de la richesse du catalogue de Christian Lebrat), Eloge du cinéma expérimental (Dominique Noguez), Œuvres de cinéma (Maurice Lemaître), Le Cinéma visionnaire : L’Avant-garde américaine (P. Adams Sitney), L’Avant-garde cinématographique en France dans les années vingt : idées, conceptions, théories (Noureddine Ghali), Ecrits sur le cinéma (Germaine Dulac), Le Cinéma cubiste (Standish D. Lawder), Ciné-journal : un nouveau cinéma américain (Jonas Mekas), Le Cinéma lettriste (Frédérique Devaux), Peter Kubelka (Christian Lebrat), Cinéma et abstraction (Raphaël Bassan), Andy Warhol (Patrick de Haas), Voir la lumière : pour une métaphysique du cinéma (James Broughton), L’Œil pinéal : pour une cinégraphie (André Almuró), Entendre : voir, mots par page, filmographie (Paul Sharits), viennent de publier un texte inédit de Fabien Danesi, Le Cinéma de Guy Debord ou la négativité à l’œuvre, dans la collection Classiques de l’Avant-garde.

Malgré quelque coquille (sans clergyman) ici ou là (« mise en abîme » au lieu d’ « abyme », p. 13 ; « Aufklarüng  » à la place d’ « Aufklärung  », p. 48), des témoignages de seconds couteaux comme Antoine de Baecque plutôt que d’acteurs de tout premier plan comme Maurice Lemaître, Marc’O, Michèle Bernstein, Mustapha Khayati, René Riesel, Raoul Vaneigem, René Viénet (voire Alain Resnais qui, avec Jean-Christophe Averty, s’est intéressé aux expérimentations lettristes) et une structure chronologique et non thématique réduisant à la portion congrue ou au minimum syndical l’analyse de l’œuvre de télévision réalisée avec Brigitte Cornand, Guy Debord, son art et son temps (1994), l’ouvrage est passionnant à lire. Si l’on excepte la maîtrise d’Arts plastiques de Jean-Marc Lamourette qui date tout de même du début des années 80, le sujet a été jusqu’ici peu traité sérieusement.

Dans sa très dense préface, l’historien définit le concept de « spectacle » forgé par Debord non pour critiquer l’univers des images à la manière d’un moine bénédictin, laïc et iconoclaste, ou celui du show business, de l’entertainment, des médias, mais pour mettre à nu l’état de « déréalisation » du monde, s’attaquer avec les moyens du bord (poésie, cinéma, peinture, slogans nihilistes et libertaires tels que le vœu d’oisiveté : « Ne travaillez jamais », comportement au quotidien, goût pour l’activité de sape clandestine, mise en question de la « spécialisation » et de la « séparation aliénante », etc.) à l’entreprise généralisée de « falsification », au système général d’illusions contemporain, bref, au rapport social d’un « monde invérifiable ».