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CECILE DE FRANCE
Elle joue le jeu des Dardenne
Par Nicolas VILLODRE


Nous avons apprécié plusieurs passages de l’opus néo-néoréaliste des Dardenne Brothers (les Marx, les Warner, les Lumière des Ardennes), Le Gamin au vélo, où brille de tous ses feux la star belge Cécile de France (avec une particule noble et non un vulgaire « De » flamingant). Celle-ci rejoue son propre rôle, celui, nature, qu’elle est censée avoir dans la vraie vie. Elle déjoue ou sous-joue tout ce qu’elle a appris depuis sa tendre enfance de la balle. Tout d’abord, il y a la réplique à l’injonction de l’amant de la coiffeuse qu’elle incarne, qui la somme de choisir entre lui et le garçonnet désobéissant - John Mohune, Antoine Doinel, rebelle sans cause qu’un loubard d’allure pédophile surnommera « pitbull ». Autant que la décision (plus ou moins préméditée, assez surprenante en fait pour les spectateurs abonnés aux salles Mk2) prise par la jeune femme pour mettre un terme à cet ultimatum (et à la liaison amoureuse), c’est la façon de répondre qui est étonnante, pour ne pas dire improbable.

Une certaine recherche stylistique de la part des metteurs (volonté qui s’exprime à l’image par l’élimination de tout élément inutile puisqu’on ne verra jamais aucun papier gras ou mégot de cigarette dans le champ, mais aussi dans la bande son qui ne diffusera à aucun moment de cuicuis ou d’ambiances pittoresques, mais sera rythmée, si ce verbe n’est pas trop fort, par une phrase musicale de dix ou onze notes sonnant comme un alléluia, répétée à trois reprises, et écrite par... Beethoven) et/ou de l’actrice a pour effet de renforcer, assez paradoxalement, le naturalisme de la scène et de nier l’invraisemblance de la situation. La réponse tombe non comme un couperet mais sous forme interrogative, comme si cette décision apparemment absurde engageait le personnage dans de nouvelles « aventures », inquiétantes et exaltantes à la fois – celle d’une mère, avatar de la vierge.

Dans la scène du pique-nique d’après course cycliste (n’oublions pas que nous sommes dans le plat pays cher à Brel), à base de sandwiches au thon et au fromage enrobés de pains blancs mollassons fournis par le catering du film, la coiffeuse finit par obtenir un sourire du gosse, ce juste avant le cut de la prise.