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SHIRLEY MACLAINE
Rencontre à la Cinémathèque Française
Par Nicolas VILLODRE


Décorée de la Légion d’honneur par Frédéric Mitterrand, invitée par Costa-Gavras, Serge Toubiana et la programmation de la Cinémathèque Française à l’occasion de son passage par Deauville et Paris, Shirley MacLaine a longuement évoqué sa carrière en répondant avec grâce et humour aux questions de l’ex-rédacteur en chef et co-fondateur d’Objectif-cinema.com, Bernard Payen. Elle a remercié le public de la salle Henri Langlois en ces termes : « Vous êtes tellement gentils avec moi et avez tellement bon goût ! »… Elle a parlé de sa formation de danseuse et des films qui ont marqué sa vie. Nous n’avons pas retranscrit ici l’exhaustivité de cette plaisante conversation mais simplement noté quelques-unes des réflexions de la star, énoncées par elle sur un ton enjoué, à haute et très intelligible voix.

LA DANSE
Ma mère m’a inscrite à des cours de danse lorsque j’avais deux ans et demi pour renforcer mes chevilles un peu faibles. J’adorais la musique, la discipline et la sensation d’équilibre. Et je n’ai plus voulu arrêter la danse : je savais qu’elle me sauverait, tout au long de ma vie. Quand je dois jouer un rôle, je sais comment l’héroïne doit se déplacer, comment elle s’assied, comment elle bouge les mains. Je le sais avant tout le reste. Cela me révèle le personnage.

J’ai fait du classique et j’ai vite compris que j’étais trop grande. Leslie Caron (présente dans la salle, NDLR) le sait bien, on ne peut pas être trop grande dans le ballet. Sur pointes, je ressemblais à un arbre, et aucun partenaire ne pouvait m’être associé ! En plus, j’étais beaucoup trop expressive, je voulais transmettre l’émotion. J’ai finalement opté pour l’art de l’émotion qu’est la comédie. Ma formation de danseuse a été sans doute plus importante encore dans ma vie que sur scène ou sur un plateau, en termes d’exigence morale et d’équilibre personnel. La danse m’a apporté la paix. Et je ne serais rien si je n’avais été au départ danseuse.

HITCHCOCK
The Trouble With Harry (1955) était une comédie très noire : il fallait que je déterre sans cesse mon mari ! Le film n’a eu aucun succès, sauf en France, où il a tenu trois ans à l’affiche. Ce sujet - enterrer, déterrer le cadavre, le réenterrer, le redéterrer - en dit long sur vous ! C’est l’histoire de la vie politique française !

(L’actrice rappelle qu’Hitchcock était laconique et s’adressait à ses acteurs de manière énigmatique, en leur parlant par rébus...). Ce qui se passait sur le plateau n’avait aucune espèce d’importance pour lui. Les deux seules choses qui comptaient vraiment étaient le scénario et le premier visionnage du film. Ce qu’il pensait des comédiens ? Rien du tout ! Il aimait le fait que j’aille manger avec lui. Ce, à tous les repas ! J’ai dû prendre dix kilos ! Le président de la Paramount m’a appelé et m’a dit : « Vous êtes en train de saboter votre carrière ! C’est un tout petit peu tôt ! » Il a précisé : « On a un du mal au montage parce que quand on vous voit dans un axe, vous faites dix kilos de moins que dans l’autre ! »

Mais Hitch s’en fichait. Il voulait simplement que je l’accompagne au restaurant. Je n’ai jamais autant mangé, jusqu’à ce que j’arrive à Paris ! Il ne nous a donné aucune indication, ni à John Forsythe, ni à Emund Gwen, ni à moi… Je l’adorais, il n’était pas cruel : il m’ignorait totalement !