Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

MADAME IDA
de Lisa Forrell
par Nicolas Villodre


La metteuse en scène de théâtre britannique Lisa Forrell a eu l’idée d’adapter au cinéma, pour le moment sous une forme brève proche de la nouvelle, l’épisode final de la vie d’Ida Rubinstein, l’une des plus fameuses danseuses du XXe siècle, inspiratrice de Fokine, recrue des Ballets Russes de Diaghilev où elle interpréta, entre autres, Shéhérazade (1910), créatrice du Martyre de Saint Sébastien de D’Annunzio et Debussy (1911), celle-là même pour qui Ravel composa le Boléro (1928).

Le parti pris de Lisa Forrell est celui de la fiction, même si cette dernière journée de la vie de Madame Ida s’inspire de faits réels. En une vingtaine de minutes à peine, la réalisatrice restitue l’aura de ce personnage mythique, attiré aussi bien par les hommes que par les femmes, muse des peintres et des photographes d’un temps qui fut celui de la Belle Époque. Lorsque, avant de s’enfoncer dans la nuit, son corps soudain s’anime, qu’elle chausse des ballerines usées jusqu’à la corde pour un dernier solo, on pense à Nijinski dont traitait le court métrage Final (1989) d’Irène Jouannet.

Le film a été produit par la très jeune Cecilia Frugiuele pour Parkville Pictures, dans une veine on ne peut plus classique, avec des prises de vue en Technicolor signées Daniel Stafford-Clark, des flash-backs auxquels le public est maintenant habitué, des intérieurs aux décors vraiment soignés (Luke Hull), des costumes magnifiques aux teintes subtiles et aux riches matières (Sophie Howard).

Ce huis clos féminin, sensuel, cruel et un peu vénéneux, est brillamment interprété par des actrices convaincantes et, ce qui est plus rare, habitées par leur rôle. À commencer par Naomi Sorkin, qui ne joue pas Ida mais l’est bel et bien. La comédienne est extrêmement photogénique et son visage transmet immédiatement les états d’âme et la décadence du personnage – la bande son de Duncan Price expliquant le spleen qui la caractérise, notamment dans la scène du crucifix arraché, sur fond de chant hébraïque évoquant avec nostalgie le temps d’avant la conversion d’Ida au catholicisme, thème dont traitait déjà le Mahler de Ken Russell (1974). Celia Imrie (la secrétaire cupide et manipulatrice), Maryam D’Abo (la cuisinière et petite amie de celle-ci) et Angélique Rivoux (la pulpeuse femme de chambre) sont justes à tout instant. Nijinsky est également figuré, dans un passage à la fois onirique et luxurieux, joué par le seul mâle du casting, Francesco Mangiacasale.