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BERLINALE 2012 : DEATH ROW
de Werner Herzog
par Nicolas VILLODRE


Werner Herzog persiste et signe dans le domaine du film documentaire. Cette fois-ci, il aborde le genre « télé-réalité ». Bien sûr, pas pour une chaîne populiste comme TF1. Ni pour Arte. Pour Channel Four, qui lui a permis de réaliser quatre épisodes d’une cinquantaine de minutes chaque (quarante-sept, en fait) pour traiter de la question du couloir de la mort dans les prisons américaines.

Row a le sens de file, de file d’attente, dans le précis. Chaque émission commence par un même travelling faisant l’état des lieux : un coup d’œil sur l’intérieur de la cellule du condamné à mort, une vue plongeante sur une table ornée d’une nappe faisant office d’autel-présentoir sur laquelle on a posé, au cas où, des best-sellers pouvant réconforter ceux qui voudraient croire à la vie au-delà – bible, torah, coran –, deux téléphones d’un modèle amorti, dont un, celui de gauche, qui apparemment sert plus souvent que l’autre, dont le fil est un peu entortillé, destinés à transmettre l’ordre de l’exécution du verdict ou celui d’une très hypothétique grâce et, enfin, la pièce médicalisée au cnetre de laquelle se trouve un lit drapé de blanc et des attaches en cuir auprévues pour immobiliser les membres de l’individu dont la majorité silencieuse exige le sacrifice avant injection d’une dose de poison mortelle. Et la voix off du cinéaste vivant à Hollywood, qui rappelle qu’il est mal placé, en tant qu’allemand, pour critique la justice américaine, même s’il désapprouve le recours à la peine capitale prévue dans la plupart des états et encore appliquée dans seize d’entre eux.

Les entretiens sont faits avec tact et évitent, autant que possible, le voyeurisme de ce type d’émission, même si le cinéaste est fasciné par certains personnages plus que par d’autres. Deux d’entre eux se révèlent à cet égard de bons clients : le Latino qui a planifié « militairement » et réussi son évasion d’un quartier de haute sécurité avant d’être blessé dans une fusillade qui a causé la mort d’un policier et la moucharde de la brigade des stups, manipulatrice de junkies, chanteuse de gospel à ses heures, mêlée, elle, à une sordide affaire de meurtre de mère et de bébé. Tous espèrent que leur témoignage servira à les disculper, ici-bas ou ailleurs.