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BERLINALE 2012 : LA FIEVRE DES ECHECS
de Vsevolod Poudovkine
par Nicolas VILLODRE


La rétrospective de la Berlinale a montré une belle copie du MoMa du court métrage de Vsevolod Poudovkine, La Fièvre des échecs, traitant de la passion des Russes pour ce jeu aux origines lointaines, avatar du chaturanga indien, du chatrang persan et du xiangqi chinois, selon Wikipédia.

A Berlin, dans la salle 8 du Cinemaxx (surnommé par nous pour l’occasion Ciné-Marx), le film était accompagné au piano par Gabriel Thibaudeau qui, off the record, rappelait à un cinéphile que les amateurs de cinéma muet (ceux de Pordenone en l’occurrence) ne constituaient pas, d’après le musicien, compositeur, rythmicien et pédagogue belge, le regretté Fernand Schirren, que nous connûmes grâce à Anne Teresa De Keersmaeker et auquel se réfèrent encore de nos jours des artistes tels que Thierry De Mey ou François Hiffler, « un public mais des maniaques », qu’on pouvait en outre identifier par leur façon de ronfler durant les projections...

L’opus a pour point de départ (et d’arrivée) le tournoi de Moscou de cette discipline que pratiquent volontiers les Russes et fait d’ailleurs figurer plusieurs grands maîtres des années vingt (Ernst Grünfeld, Frank Marshall, Richard Réti, Rudolf Spielmann, Carlos Torre, Frederick Yates). Poudovkine donne même un second rôle au champion du monde en titre de l’époque, le Cubain José Raúl Capablanca y Graupera. (Boris Barnet apparaît également dans le court métrage.)

Mais au lieu de se borner à filmer cet événement international façon documentaire (ce qui est aussi le cas : on découvre les parties sur de grands tableaux noirs, on voit l’assistance réagir en fonction des coups, les joueurs taper sur les horloges décomptant le temps qui leur reste, fumer, prendre des notes, etc.), Poudovkine analyse avec esprit l’engouement pour les échecs en général.

La forme n’est pas non plus celle d’un essai théorique mais celle d’une comédie loufoque, à la logique imparable, au comique efficace, influencé sans doute par le burlesque à la Mack Sennett, animé d’un esprit Dada, émaillé de quantité de gags (celui, à répétition, des chatons cachés un peu partout dans la maison et tous ceux qui résultent de la distraction absolue du héros présenté comme un accro aux échecs délaissant tout le reste, son ménage comme ses affaires). Il faut dire que le comédien Vladimir Fogel est excellent : il joue avec son physique de grand maigrichon, avec des vêtements mal ajustés et des accessoires imprimés par un motif (un leitmotiv, même) : celui du damier, comme il se doit. Alors qu’on pourrait assister à un drame façon Le Joueur de Dostoïevski, on se retrouve dans un vaudeville conclu légèrement, joyeusement, par une chute inattendue. Qu’on se rassure : tout est mal qui finit mal.