Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

BERLINALE 2012 : LA REVOLTE DES PECHEURS
de Erwin Piscator
par Nicolas VILLODRE


Le studio Mezrabpom-Film (ou Mejrabpom-Film ou Mezhraboppom-Film ou Meschrabpom-Film) imagina d’engager le metteur en scène de théâtre allemand Erwin Piscator pour adapter au cinéma le roman d’Anna Seghers, Wosstanije rybakov (La Révolte des pêcheurs), une superproduction germano-russe portant, comme le titre l’indique, sur un mouvement de grève des pêcheurs de haute mer à bord d’un bateau-usine en raison de leurs conditions de travail, qui finit par être réalisée après plusieurs années et divers montages différents visant à contenter pleinement le camarade Joseph Staline. Ce film, d’esprit agitprop est le seul qu’ait réalisé Piscator.

Ce "drame épique en 7 actes", était au départ sonore et c’est sans doute cette donnée essentielle qui excita Piscator, scénographe de génie et novateur multimédia qui avait déjà projeté diapos, textes et films dans certaines pièces de théâtre à partir de 1924 (avec quelques années d’avance sur Germaine Dulac qui utilisa le film dans une mise en scène d’opéra), pas seulement dans un but décoratif ou dramatique mais comme complément utile, didactique, informatif et aussi comme solution plastique inédite. Le film fut pour lui le « quatrième mur » de son théâtre, ainsi que le remarqua très justement un critique.

Piscator eut à gérer une superproduction et des équipes avec quantité d’opérateurs, de monteurs, de techniciens et d’acteurs soviétiques devant lui permettre, théoriquement, d’obtenir des effets mélodramatiques plus que naturalistes. Il n’hésita pas à multiplier les mouvements de caméra, les panoramiques et les travellings en tous sens. Mais, pour lui, certainement, c’était l’occasion en or d’expérimenter, mixer et monter différents types de rapports entre le son et l’image. Malheureusement, les versions sonores trouvées jusqu’ici étant, d’après les programmateurs (Rainer Rother, Alexander Schwarz, Günter Agde), charcutées, nous avons eu droit à une copie muette, selon eux plus fidèle au montage définitif du réalisateur (le final cut étant réservé à Staline bien sûr, qui, comme tout dictateur qui se respecte, était cinéphile). C’est cette copie inédite, retrouvée par la Deutsche Kinemathek, qui a donc été projetée à Berlin. Dialectiquement, la censure est elle-même, à son tour, censurée.

N’empêche que l’on aurait aimé pouvoir comparer ce montage à l’autre ou, au moins, avoir un échantillon des effets audiovisuels créés par Piscator (on a eu droit à deux airs de Hans Eissler destinés au film, joués en prologue par le pianiste Gabriel Thibaudeau). Ce sera pour une autre fois…