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BERLINALE 2012 : DEUX OCEANS
de Wladimir Schnejderow et Jakow Kuper
par Nicolas VILLODRE


On sait, depuis Nanouk l’Esquimau (si on ne veut pas remonter aux calendes grecques, aux frères Lumière ou à la période intermédiaire où le public, ne se sachant pas filmé, passait innocemment en jetant parfois un coup d’œil à l’appareil en bois posé devant lui, qu’il prenait pour celui du photographe, pas encore du caméraman), que le documentaire pur n’existe pas. Que ce genre a toujours été problématique, constamment mis en cause par les velléités narratives ou représentatives du cinéaste, miné de l’intérieur par le besoin de trop en faire, en montrer ou en remontrer.

Le beau film (sonore, qui plus est) de Wladimir Schnejderow et Jakow Kuper n’échappe pas à cette règle, qui met en scène de façon spectaculaire, avec des temps forts dignes d’un film à suspense, non pas la croisière du navigateur, mais une expédition scientifique à bord d’un navire brise-glace, dans la région polaire visant à ouvrir une nouvelle voie maritime permettant de traverser l’océan arctique jusqu’au Pacifique, en passant par le détroit de Behring, et, par là même, à faire le tour du propriétaire en montrant au bon peuple ce dont les Soviétiques étaient alors capables, techniquement, humainement et moralement parlant.

Pour se défouler et récupérer leur belle fourrure blanche, les marins ne peuvent s’empêcher de dégommer à coups de fusil deux ours polaires, ce qui, de nos jours, a de quoi heurter le public berlinois, en majorité écolo. Les risques réels pris par des marins héroïques, amenés à débarquer sur la mer glacée pour tenter de décoincer le navire à l’aide de simples piques ainsi que le travail de galériens des hommes travaillant dans la soute à charbon sont filmés en détail. A bord, on écoute la radio, on reçoit des télégrammes et on tue le temps en jouant aux échecs. Les bolcheviques polaires auront mérité leur médaille.