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BERLINALE 2012 : DOM NA TRUBNOI
de Boris Barnet
par Nicolas VILLODRE


Non seulement La Maison de la rue Trubnoi de Boris Barnet, film présenté à Berlin dans une belle copie en provenance de Vienne, est une œuvre du niveau de celles de Ruttmann (Berlin, Symphonie d’une grande ville) ou de Vertov (L’Homme à la caméra) dont les séquences ferroviaires sont assez proches et exploitent efficacement le procédé du montage alterné mais la belle idée cinématographique de l’immeuble scié en deux dans le sens de la hauteur, au niveau de la cage d’escalier par où le spectateur-voyeur passe d’un microcosme ou d’un personnage à un autre, annonce le film The Ladies’ Man de Jerry Lewis basé aussi sur l’utilisation de la vue en coupe, voire celui d’Alain Resnais, Cœurs, qui introduisait ses personnages dans un appartement filmé en plans plongeants. Barnet compare la maison de la rue Trubnoi où se déroulera une bonne partie de l’action à une fourmilière humaine et recourt volontiers au plan séquence plutôt qu’à une succession de plans de coupe. Il va sans dire que l’escalier est assez dérangé, désordonné, dévasté. Les habitants de l’immeuble agitent leurs tapis et s’agitent eux-mêmes en tous sens, jettent leurs ordures ou les objets les plus divers. Mais ce bric-à-brac est somme toute joyeux, vivant, bon enfant.

Le comique de Barnet résulte d’oppositions nettement marquées (la jeune paysanne empotée débarquant dans la capitale, un canard sous le bras ; le combat syndical contre l’exploitation de la domestique traitée par son employeur petit-bourgeois comme une véritable Cendrillon ; la femme du coiffeur qui passe sa journée au lit, en compagnie de son chien, alors que tout le monde s’agite ou s’active dans la maisonnée ; la concurrence entre deux femmes amoureuses du même homme…) et, bien sûr, de certains quiproquos (élection à un poste de représentante municipale d’un femme portant le même nom que la jeune héroïne), de dialogues à double sens ("Etes vous syndiquée ? - Non je suis vierge !") et de mécanique plaquée sur du vivant, comme disait Bergson (cf. le gimmick machinal du coiffeur ne tenant pas en place et balançant constamment ses pieds). Il est d’autant plus efficace que le montage est alerte et que les événements se suivent à un tempo ne laissant aucun répit au spectateur.

Le réalisateur met en abyme la représentation elle-même et, en avance sur quelqu’un comme Renoir, il glisse une longue séquence de « petit théâtre » ou de carnaval révolutionnaire, ayant précisément pour thème... la Prise de la Bastille, où les rôles sociaux s’inversent et où tout finit dans la bonne humeur. Il respecte comme il se doit le cahier des charges et on a droit à des images de défilé de Premier mai, mais ce fond social est habilement fondu dans la comédie. On retrouve avec plaisir Vladimir Fogel, qui s’illustra dans le court métrage hilarant de Poudovkine, La Fièvre des échecs et qui mit fin à ses jours, un an après la sortie du film, victime, dit-on, d’une dépression nerveuse. Wera Marezkaja est étonnante par la variété de son jeu et l’expressivité de son visage poupin.