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BERLINALE 2012 : GORISONT
de Lev Koulechov
par Nicolas VILLODRE


Ce film de Lev Koulechov produit son effet, grâce surtout à la star masculine de l’époque, Nikolaï Batalov, qui transmet les contradictions tiraillant le personnage qu’il interprète, celui d’un jeune Juif tenté par l’Eldorado américain, déçu du voyage (comment imaginer le contraire, en effet, dans une production stalinienne ?), fils prodigue de retour au pays natal pour défendre la veuve et l’orphelin et combattre les exactions de la soldatesque tsariste.

Le jeune homme est, au départ, très décidé à quitter la Russie. Il mettra tout de même deux ans pour réaliser son rêve, avant de connaître toute une série de désillusions. Il se fera arnaquer par un rabbin américain en cheville avec le patron d’une triperie industrielle, un religieux qui touche une commission pour chaque ouvrier recruté, autrement dit plus fourbe, si l’on en croit le scénario du film, que les rabbins russes. Il progressera très lentement dans l’échelle sociale. Malgré son enthousiasme à toute épreuve, il sera bien forcé de déchanter en se retrouvant embrigadé malgré lui dans l’armée américaine entrant en guerre. Le message de ce film singulier s’adresse en premier lieu aux Juifs russes, victimes de pogroms (du temps des tsars, cela va de soi), voulant voir ailleurs si j’y suis, et cherche à les dissuader de quitter l’Union soviétique. Il s’agit bel et bien d’un film de propagande, interprété par des comédiens issus de l’école de cinéma de Léningrad.

Les premières séquences sont magistralement filmées. Les prises de vue en extérieur sont montées avec soin et accompagnés d’une bande-son très travaillée, mixant musiques traditionnelles, airs à danser et sons concrets. Mais cela se gâte par la suite et la production se dégrade avec une reconstitution cheap de New York et des propos catéchétiques assez douteux. Toutes les religions sont représentées en passant, d’une façon syncrétique, pas du tout critique : le héros, enrôlé une première fois, au début du récit, dans l’armée impériale, et ses camarades de régiment ont la possibilité de choisir qui le pope, qui le grand rabbin, qui l’imam pour prêter serment au tsar.

Après bien des péripéties et des déceptions, l’horizon du pauvre hère finira par se boucher. Totalement.