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BERLINALE 2012 : LE CHEMIN DE LA VIE
de Nikolai Ekk
par Nicolas VILLODRE


La Berlinale et le Gosfilmofond ont montré une belle copie du premier film sonore soviétique, Putjowka w schisn (Le Chemin de la vie) que réalisa en 1931 Nikolai Ekk. Outre sa valeur historique, cette œuvre, consacrée au problème réel des enfants SDF vivant dans les rues des grandes villes (sujet voisin de celui abordé par Buñuel dans Los Olvidados, a une haute tenue esthétique.

Comme toujours, dès qu’il y a une cause à défendre, c’est l’incontournable, infatigable et chaleureux Nikolaï Batalov qui s’y colle. Il joue ici le rôle du pédagogue, chargé de réinsérer les sauvageons de l’époque, dans le cadre d’une institution fermée où ils sont censés apprendre un travail manuel. La méthode n’est pas nouvelle, et Yves Zoberman traite de cette question qui se pose depuis au moins le milieu du XIXe siècle dans son histoire du chômage récemment parue. C’est en tout cas celle qui était proposée en URSS par le pédagogue Anton Makarenko, qui tenta d’éduquer les nombreux orphelins marginalisés au sortir de la guerre civile et qui créaient du désordre dans les rues. Des coopératives, des communautés ou communes furent créées à cet effet.

Le réalisateur utilise le son avec subtilité et, dès qu’il en a l’occasion, insère des chansons et des musiques traditionnelles. La fiction laisse entrevoir la vie quotidienne dans la capitale. Surtout, la distribution est remarquable, du niveau de celle des écoliers de Jean Vigo (la révolte de la jeunesse de Zéro de conduite se traduit ici par des actes de vandalisme) ou des prisonniers du film des Taviani en compétition cette année à Berlin. Le réalisateur a, paraît-il, mêlé délinquants repentis et comédiens professionnels. Sort de ce casting le très remarquable Iywan Kyrlja qui incarne « Dandy » Mustafa. Le jeune comédien vole quasiment la vedette à Batalov, c’est dire !