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GERMAINE DULAC
par Prosper Hillairet
par Nicolas VILLODRE


Dans le cadre du Mois du film expérimental, une manifestation imaginée et animée par Sylvie Hepp-Hauteville et Laurent Saiet, la bibliothèque du cinéma François Truffaut du Forum des Halles a organisé une séance exceptionnelle consacrée à Germaine Dulac, présentée par Prosper Hillairet, enseignant en cinéma à l’université Paris 8, spécialiste des années 20, rédacteur à la revue Jeune Cinéma, auteur, avec Nicolas Droin, des bonus du DVD édité par Light Cone et Paris Expérimental, La Coquille et le Clergyman, responsable de la publication, par Paris Expérimental, des Écrits sur le cinéma de Germaine Dulac.

Après un speech retraçant le parcours étonnant de la cinéaste, pionnière dans bien des domaines (féminisme, journalisme engagé, critique d’art, édition, production et réalisation de films), à la pointe de l’avant-garde dans le 7e Art (débat théorique, conférence illustrée par le film dans le sillage de Canudo, cinéma militant, production filmique, féminisme, homosexualité, surréalisme, impression visuelle), auteure du premier film surréaliste (ceux de Méliès, qui furent redécouverts tardivement et d’autres productions fantaisistes, comme le Salomé, 1923, de Charles Bryant ou le court métrage de science fiction du jeune Renoir, Sur un air de Charleston, 1927, l’étaient aussi, ou quasiment !), La Coquille, d’après un scénario d’Artaud (scrupuleusement respecté ou illustré, mais sans aucun trait de folie, Dulac ayant éloigné le poète du plateau de tournage, alors qu’elle aurait pu l’engager au moins comme acteur et produire un film génial : il faut dire que la notion d’auteur est ambiguë, encore de nos jours, d’après les critères de la SACD, qui défend le scénariste autant sinon plus que le cinéaste), Prosper Hillairet a caractérisé les films, projetés en 16 mm et non en vidéo ou numérique, en commençant par le moyen métrage narratif (ou dysnarratif), La Souriante madame Beudet (1922).

Cette œuvre s’inscrit dans le courant qu’Henri Langlols qualifiait d’impressionniste, qui est également, si nos souvenirs sont bons, celui qui correspond à la première avant-garde française (la « première vague » selon Noël Burch) inaugurée par Abel Gance (La Folie du Dr Tube, 1916), suivie par Dulac, Delluc, Epstein et quelques autres. Le film est certes théâtral, dans tous les sens du terme, puisqu’il adapte une pièce ou un prétexte préexistant, de Denys Amiel et André Obey, mis en scène en 1921 et créée par le groupe du Canard sauvage, avant d’entrer au répertoire de la Comédie française, d’après Wikipedia et est, comme dirait l’autre, représentatif (joué par les excellents comédiens de théâtre Alexandre Arquillière, Germaine Dermoz, Jean d’Yd et Madeleine Guitty). Mais ce théâtre n’est pas du simple boulevard (Obey était un disciple de Copeau et un proche de Dullin) : il mise sur la suggestion et joue avec le silence. Le film, dans une copie de Light Cone tirée d’un contretype du MoMa réalisé d’après un élément de la Cinémathèque française, demeure expérimental (à 90%, au moins) car, au lieu de se borner à utiliser ponctuellement la déformation de l’image (comme Gance dans le Dr Tube) pour des raisons diégétiques, des ouvertures d’iris pour des annonces de fin de séquence (comme charnière ou transition), des surimpressions, des flous ou des ralentis des passages de rêve (ou d’hallucination), des gros plans signifiants (métonymiques) dans un but d’équivalence psychologique, Dulac use de la palette de l’avant-garde systématiquement, dès les premiers plans (les objets, signes ou gestes sont amenées avant les personnages).