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LA METAMORPHOSE
revue par les frères Quay
Par Nicolas VILLODRE


Le pianiste Mikhaïl Rudy, dont on peut suivre la carrière et les traces discographiques chez EMI (de l’intégrale des concertos de Rachmaninov ou de Chostakovitch aux préludes de Chopin, en passant par l’anthologie des œuvres pour piano de Liszt, un cycle Beethoven, un de Scriabine, les œuvres de Tchaïkovski, des thèmes et variations de Haendel ou de Schumann, les Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky, les sonates de Grieg et de César Franck, Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, des pièces de Messiaen, le Petrouchka de Stravinski, l’œuvre pour piano de Ravel, Schubert et Janáček) a évolué, changé, pour ne pas dire muté. Il a joué Wagner au piano, interprété Brahms au côté de Michel Portal, mais n’a pas voulu se limiter au répertoire romantique ou néo-classique qu’il a servi et continue de servir avec une ferveur mêlant puissance et justesse, lyrisme et clarté expressive, puisqu’il lui est arrivé de s’aventurer dans le domaine jazzistique avec son alter ego Misha Alperin. Ayant vraiment la vocation, se sentant investi de ce qui relève d’une mission artistique, il s’est produit et continue à se rendre volontiers en banlieue (à la Maison de la Musique de Nanterre animée par Dominique Laulanné, entre autres). Récemment, il a collé les tableaux musicaux de Moussorgsky à ceux peints à partir de ce même thème en 1928 par Kandinsky, avant de proposer et d’obtenir de la Cité de la Musique une commande audiovisuelle spéciale avec des images signées Stephen et Timothy Quay sur la sonate « 1er octobre 1905 » de Janáček, donnée en direct live par le musicien à son clavier, à partir de la Métamorphose de Kafka.

Après une première partie apéritive juxtaposant trois morceaux (judicieusement) choisis, La Lugubre gondole n°2 de Liszt, enchaînée à La Mort d’Isolde de Wagner (revu et corrigé par le compositeur hongrois) puis, après une fausse sortie du soliste, la Sonate en si mineur de ce même Liszt, une œuvre d’une rare difficulté technique, tout en contrastes, en chassés croisés de différentes vitesse et puissance, tout en nuances et accélérations, en échappées belles à partir de quelques leitmotiv ou idées fixes à la Berlioz (dont Liszt transcrivit pour le piano ou « arrangea » à sa manière, précisément, La Symphonie fantastique), que Rudy joue avec tenue et retenue, l’air et mine de rien, droit comme un pape, sans cambrure ni apprêt, sans courbure ni affectation, très simplement, en fait et, donc, avec virtuosité, on est passé à la choses sérieuse, à La Chose, en l’occurrence la blatte, le scarabée, la Cucaracha du jeune Kafka.