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Ciné Roman
Après Béjart, Le Cœur et le courage d’Arantxa Aguirre,
édité en DVD par Zylo
Par Nicolas VILLODRE


Les films de fiction traitant de spectacle vivant – de théâtre, de musique ou de danse –, depuis, au moins, A Star is Born (1954), mais aussi, d’une certaine façon, les documentaires, du court métrage consacré à l’art de Martha Graham, A Dancer’s World (1957), au long sur Paul Taylor, Dancemaker (1998), en passant par le très beau reportage sur les élèves d’Egorova, Adolescence (1966), se concluent, la plupart du temps, par le climax magique du résultat scénique qui, en quelques plans, efface les difficultés du métier de danseur, comme disait Jean Babilée. Le film Après Béjart, Le Cœur et le courage (2009), d’Arantxa Aguirre, édité en DVD par Zylo, montrant le sacre de Gil Roman à la tête du Béjart Ballet Lausanne après la disparition d’un des plus importants chorégraphes français du 20e siècle, n’échappe pas à cette loi qui transcende les genres cinématographiques.

Le titre du film sonne un peu comme une chanson populiste de Florent Pagny (« Mais vous n’aurez pas ma liberté de penser ») et est, en réalité, emprunté à une phrase extraite de l’œuvre immortelle de Cervantes : « Les enchanteurs pourront bien m’ôter la bonne chance ; mais le cœur et le courage, je les en défie. » (Don Quichotte, II, 17). La structure ou le montage juxtapose en les rythmant suffisamment archives anciennes (par exemple ce film de famille en noir et blanc montrant Béjart adolescent), anecdotes, impressions et propos recueillis auprès de divers témoins – personnalités du gotha ou du monde artistique, V.I.P. du milieu de la danse, responsables politiques lausannais, anciens danseurs ayant collaboré avec Maurice Béjart, interprètes anonymes faisant partie de l’actuelle troupe, dont certains visages, comme celui de la photogénique Elisabet Ros, nous sont plus connus que d’autres, qui, à l’écran, paraissent extrêmement juvéniles – et, ce qui est dans le cas présent, selon nous, le plus singulier, d’étonnantes prises de vue insérées en cours de route, au fil du temps, au fil du film, au fil d’un ballet qui s’intitule Aria et qui se réfère à… Ariane, sur les affres de la création, les soucis incessants suscités par toute cette gestation, cette agitation, cette gesticulation, ces moments de panique du chorégraphe – Gil Roman, pour ne pas le nommer, qui, de danseur, maître de ballet, chorégraphe novillero, met en scène son propre rite de passage devant lui permettre d’accéder au grade suprême d’un art qui fut jadis celui de la muse Terpsichore, en tuant, symboliquement, un père déjà mort.