Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

NAKED SOLES (2012)
d’Aleksandra Szczepanowska et Jean-Luc Ormières
par Nicolas VILLODRE


Nous avons découvert ce court métrage écrit et réalisé par Aleksandra Szczepanowska et Jean-Luc Ormières, produit par Gaël Cabouat, David Atrakchi, Boris Mendza, Jean-Luc Ormières et Aleksandra Szczepanowska, interprété par Aleksandra Szczepanowska, Philippe Laudenbach, Marie Denarnaud et David Atrakchi, sélectionné par Unifrance au festival de Cannes, à l’occasion d’une projection privée au laboratoire B-Mac de la rue Forest, à Paris. Il s’agit d’un film narratif (à la fois, selon les auteurs, « fiction, comédie sentimentale, drame, romance »), représentatif (les acteurs y jouent des rôles, ne sont pas vraiment eux-mêmes à l’écran), semi-industriel (cf. l’assez long générique détaillant les spécialités actuelles du cinéma), allégé par le passage au numérique (l’opus a été tourné en 16/9 avec un simple appareil photo Canon « 5D », monté en virtuel, mixé, étalonné, compressé en JPEG 2000 et, enfin, copié sur DCP, un « digital cinéma package », p.à.d.).

L’argument, tel qu’il nous est livré par la production, est le suivant : « par amour pour les mots d’un poète, Hope Spears, journaliste littéraire, est venue à Paris pour écrire sur lui. Mais le poète est resté invisible, tant et si bien que ses éditeurs décident de mettre un terme à son séjour. Durant ses dernières vingt-quatre heures, entre ses cartons à terminer et son ultime soirée, Hope va faire la rencontre de son poète de manière très inattendue. » On est ici, finalement, assez proche d’une nouvelle avec des échappées belles surréalisantes. En particulier, celle du cadavre, plus ou moins exquis, et plus ou moins mort, du vieil écrivain interprété avec ironie par le vétéran Philippe Laudenbach. Un accoucheur de mots avec qui la jeune lectrice finira d’ailleurs par coucher. Ce fantasme est joliment illustré dès l’entame du film, par un beau passage en noir et blanc et en très gros plans. Tout ceci se clôt ou se brise brusquement. Comme une liaison sans raison, sans danger ou objet réels. De manière déceptive.

Naked Soles, préféré au titre français Pieds nus, sonne bien mieux et suggère la métaphore d’« âme nue » (Naked Soul), titre déjà pris par un long métrage américain des années 90. La question de la langue de tournage, ou plutôt de projection, se pose cependant. C’est aussi un problème de vraisemblance. Il aurait été plus simple, selon nous, de réaliser deux versions du film, l’une, américaine, l’autre, francophone, comme on le faisait quelquefois dans les co-productions internationales des années trente, pour éviter cette ripopée des deux patois gênante malgré la brièveté du film (un quart de tour d’horloge). Après tout, la journaliste américaine qui passe son temps à lire (sinon à écrire) est censée connaître couramment notre dialecte, d’autant qu’elle est, soi-disant, spécialiste d’un écrivain hexagonal.

Sinon, la co-réalisatrice, l’éclatante Aleksandra Szczepanowska, incarne parfaitement à l’écran le rôle qu’elle s’était attribué sur le papier. Et Jean-Luc Ormières, producteur chevronné à qui l’on doit, entre autres, Le Sauvage (1975), Rue cases nègres (1983), La Captive du désert (1990), Je pense à vous (1992), It’s All True (1993), Le Dernier harem (1999) ou Dorothy (2008), fait ici ses débuts de réalisateur, attendant, comme il se doit, avec nervosité et trac, le verdict du public. Il est photogénique et se révèle aussi excellent comédien dans une brève scène du film.