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JACQUES BERNARD
comédien et auteur
Entretien réalisé le 19 avril 2012
par Pascal LAFFITTE

A l’occasion de la sortie en mars 2012, chez L’Harmattan, de son livre Le présent du passé, Souvenirs d’un acteur, nous avons eu la chance de rencontrer le comédien Jacques Bernard. Durant un entretien d’une heure, riche en anecdotes, il nous a parlé de son travail au cinéma, notamment dans le mythique Les enfants terribles de Jean-Pierre Melville, d’après le roman de Jean Cocteau, ainsi que de ses activités au théâtre, dans la chanson et aussi dans la synchro. En effet, Jacques Bernard a été la première voix habituelle de Jackie Chan dans les années 80 et a doublé en français des acteurs tels que Marcel Dalio, Brandon De Wilde, Jean Sorel, Fabio Testi, Giuliano Gemma, Mel Gibson et Jack Palance.

(Le style oral de l’entretien a été conservé pour l’essentiel.)



CINÉMA

La Gazette du doublage : Né le 7 mai 1929, vous êtes le fils de la comédienne Josyane (1901-1999)...

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Jacques Bernard : …Qui a été une merveilleuse comédienne qui a malheureusement peu joué, d’ailleurs j’en parle dans mon livre, parce que j’avais aussi envie de lui rendre hommage. C’était une femme ravissante qui a commencé à la fin du cinéma muet, avant ma naissance, et un petit peu dans le parlant. Si vous connaissez bien les acteurs, elle a tourné par exemple dans un film avec André Lefaur, qui était un comédien très connu, elle a tourné avec Fernand Gravey, qui était aussi très connu. Et puis, malheureusement, elle a arrêté sa carrière très vite et pourtant, elle avait eu la proposition d’un contrat de cinq ans avec l’Amérique. Mais là, c’était au moment de ma naissance, elle ne voulait pas quitter le bébé que j’étais, elle ne voulait pas non plus quitter son mari qu’elle voulait aider. A ce moment là mon père avait une maison de couture et un associé qui est parti avec la caisse, donc il a fait faillite. Elle a toujours bien regretté et un an avant son décès, la Cinémathèque lui a rendu un hommage avec un film. Ce film s’appelle Morgane la sirène, c’est un film muet justement, et j’ai été stupéfait parce qu’elle était absolument ravissante, elle avait un physique très moderne, un jeu très moderne. A une époque où les femmes roulaient les yeux, elle, pas du tout. Je ne l’ai vu qu’une fois et j’ai été absolument fasciné par cette comédienne, parce que je l’ai vue comme un professionnel et pas comme ma mère, je l’ai vu avec une distance...

La Gazette du doublage : Le fait d’avoir une mère dans le milieu du spectacle a-t-il été déterminant dans votre choix de devenir comédien ?

Jacques Bernard : Je crois que c’était dans mes gènes, parce qu’elle ne m’a jamais poussé à faire ce métier. Elle m’a mis en garde contre les difficultés qu’elle n’avait pas eues tellement d’ailleurs, sauf qu’elle avait été très courtisée par les directeurs de théâtre, par certains metteurs en scène qu’elle avait envoyés balader ! Mais à part ça, sa carrière s’annonçait très brillante. Quant à mon père, il m’a laissé libre, parce qu’il était un homme très ouvert et il m’a simplement dit « bon, ben tu vas te débrouiller et si tu a faim, la porte sera toujours ouverte » et elle l’était d’ailleurs. Le début pour moi, je n’avais pas encore fait le Conservatoire, cela a été l’engagement de Jean-Pierre Melville pour Les enfants terribles, tiré du roman de Jean Cocteau. Alors, la porte a été tout de suite ouverte et très facile. C’est par la suite qu’évidemment j’ai eu les difficultés du métier, parce qu’il n’y a pas une carrière étale. Jamais. Ce n’est pas possible. Et d’ailleurs, c’est très bien parce qu’il faut toujours se remettre en question.

La Gazette du doublage : Quelle formation avez-vous suivie ?

Jacques Bernard : Une formation classique, j’étais chez le doyen de la Comédie Française Jean Yonnel, que j’aimais beaucoup et qui me le rendait bien d’ailleurs. Jean Yonnel, cela ne vous dit rien maintenant mais il a été, entre autres, le créateur de La reine morte de Henry de Montherlant, où il jouait le roi Ferrante. Je l’ai vu d’ailleurs à la Comédie Française, il avait une présence formidable. Alors moi j’étais au Conservatoire à une époque assez spectaculaire, il y avait Françoise Fabian, Jean-Paul Belmondo. Enfin, tous sont dans le métier, il y avait Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et puis je pourrais vous en citer plein d’autres… Des gens du Français, après, comme Jacques Sereys, Georges Descrières, enfin je pourrais tous vous les citer. Cela a été un très bon souvenir, et parallèlement, comme j’avais déjà commencé à tourner au cinéma, j’avais des permissions par le directeur du Conservatoire et je pouvais partir et puis aller tourner un film comme cela de temps en temps. Ce qui était très bon d’avoir comme cela les pieds dans le métier et puis en même temps de continuer les études. Cela m’a beaucoup servi, je pense.