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JEAN ROCHE
PARTIE I

Comédien, directeur artistique et adaptateur
Entretien réalisé le 13 mai 2012
par François JUSTAMAND et Pascal LAFFITTE

Après avoir joué au théâtre à ses débuts avec Michel Le Royer puis avec Edwige Feuillère, le comédien Jean Roche a tourné dans les années 70 pour Max Pécas et Jean-François Davy. C’est aussi à cette époque qu’il a commencé véritablement une carrière à la synchro. Faisant partie à un moment donné de la bande à Michel Gast, Jenny Gérard et Jean Droze, il a doublé pour eux des personnages dans des séries TV telles que M.A.S.H. ou La Planète des singes. Il est aussi la voix habituelle de Charles Shaugnessy depuis la série à succès Une nounou d’enfer. Au cinéma, on l’a entendu sur Billy Dee Williams dans L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi. Il a prêté souvent sa voix à des acteurs britanniques pour des productions importantes, notamment dans la série Hercule Poirot avec David Suchet, pour laquelle il a doublé le flegmatique Capitaine Hastings.
Rencontre avec un sympathique comédien, qui est aussi auteur de doublage.



La Gazette du doublage : Pour situer votre parcours et vos débuts, pourriez-vous nous dire où et quand vous êtes né ?

Jean Roche : Oui ! Le 9 novembre 1937 à Beaujeu, la capitale du Beaujolais ! Il y avait un truc très drôle, à l’entrée de Beaujeu, il y avait un panneau sur lequel était marqué : « tout du cru ». C’est le pays du vin !

La Gazette du doublage : Vos parents n’étaient pas comédiens ?

Jean Roche : Pas du tout ! J’avais un père avocat. Normalement, j’aurais dû être avocat et puis c’est un concours de circonstance et un gag.

La Gazette du doublage : A quel âge avez-vous eu la vocation de devenir comédien ?

Jean Roche : En vérité, je n’ai pas eu la vocation. Ce qui s’est passé, c’est qu’à un moment, mon père qui était très « vieille France », un sorte de Pierre Fresnay, si vous voulez, me dit : « Monsieur mon fils, que veux-tu faire plus tard ? » Et pour rigoler, je lui réponds : « Acteur ! » On était un peu en bisbille, mais il me dit : « Très bien, je t’entretiens pendant deux ans ; voila ton billet pour Paris. » Je m’attendais à tout sauf à ça, et j’arrive à Paris.

La Gazette du doublage : Vous aviez dix-huit ans, vingt ans ?

Jean Roche : Je devais avoir dix-huit ans. J’arrive donc à Paris et je connaissais quelqu’un qui était de Valence, un auteur de théâtre et adaptateur, qui s’appelait Marc-Gilbert Sauvajon, à qui on doit Adorable Julia. Je vais le voir en lui expliquant ce qui m’arrive. Il me dit : « Ecoutez, Jean, est-ce que vous voulez essayer ? Vous allez aller à tel cours de théâtre. » Et il téléphone à André Voisin, qui donnait des cours de théâtre et puis je commence à prendre des cours. La première fois que j’ai passé une scène du Cid, ils étaient tous écroulés… de rire. Et Voisin me dit : « Bon, eh bien maintenant, tous vas nous le passer sérieusement ! » Je prends des cours pendant un an ou deux et cela me plaît vraiment. J’étais sursitaire, je résilie mon sursis, ce qui fait que l’Etat m’envoie très gentiment pendant trois ans en Afrique du Nord. Je reviens, je retourne un petit peu aux cours et le hasard fait que je commence à dire trois répliques dans une pièce qui s’appelait La reine galante.

La Gazette du doublage : C’était donc votre premier engagement ?

Jean Roche : Oui et c’était Michel Le Royer la vedette. Il venait de tourner La Fayette, et c’était une grande vedette. Il avait aussi Henri-Jacques Huet et Christiane Minazzoli. A mon âge, on a la mémoire du passé, la mémoire de l’avenir, pas tellement ! La pièce dure un an, je crois, et après je me retrouve sans rien. Alors Marc-Gilbert Sauvajon, qui est un petit peu mon deuxième père, moralement, me demande de porter une de ses pièces à son impresario. Je l’apporte et l’impresario me regarde et me demande si je suis comédien. Je lui explique que je rêve d’être comédien, que j’ai dit trois répliques dans telle pièce et que cela s’arrête là. Il me dit : « Allez à tel théâtre, on cherche quelqu’un comme vous. » Et là je tombe sur Pierre Franck, le directeur du théâtre, c’était pour remplacer Jacques Perrin. On était cent à passer l’audition et on se retrouve à deux à la fin. C’était avec Edwige Feuillère, Guy Tréjan et Oliver Hussenot. Et j’ai dit au metteur en scène, parce que l’autre comédien commençait à avoir un nom... Je dis à Pierre Franck : « Vous n’avez pas pris l’autre ? Pourtant, il est formidable ! » Il me répond : « Dis donc, tu veux peut-être m’apprendre mon métier ? » (rire) Et il s’est trouvé qu’à un moment donné, plus jeune, j’avais dû faire des conneries, nous habitions Valence et mon père m’avait envoyé en Normandie dans une école qui s’appelait l’Ecole des Roches, le hasard ! J’y avais connu Mike Marshall, qui était petit, il avait douze ans, à l’époque, dont la maman était Michèle Morgan qui était à cette époque avec l’acteur Henri Vidal. Je repasse une scène avec Edwige Feuillère, Guy Tréjan et finalement je suis engagé. A la fin, Feuillère me dit : « Jean, j’ai deux mots à vous dire, on vous attend chez Olga Horstig. » C’était un agent qui avait tout Paris. J’arrive chez elle, à l’époque, Vidal était déjà décédé, il y avait Gérard Oury et Michèle Morgan. Et Olga que je connaissais bien me dit : « mais Jean, ça ne va pas ? Quand on est sur un coup pareil, on prévient les amis. » (Olga Horstig parlait de l’audition, ndlr) Je lui réponds que cela me gênait et Oury me dit : « Tu ne feras jamais de carrière, tu n’as pas les dents assez longues ! » Et il avait raison, je ne suis jamais devenu Belmondo ! (rires) Bon, et puis voila, la pièce s’appelait Eve et Line de Pirandello. Ensuite cela s’est enchaîné, une pièce après l’autre. J’ai eu la chance de jouer avec Jean Tissier, Jacqueline Porel, la reine du doublage à l’époque.