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Giovanni Martedi, figure du cinéma d'avant-garde en France
GIOVANNI MARTEDI
par Nicolas VILLODRE



Giovanni Martedi a été l’une des figures marquantes du cinéma d’avant-garde en France, du début des années 70 à nos jours. On sait finalement peu de choses de lui. Il a toujours été très réservé sur une partie de sa vie. Cet artiste originaire de Milan a passé son enfance à Gênes et a été formé par les voyages autant que par la rencontre d’autres artistes. Il prit des cours de dessin avec un peintre animalier avant de travailler avec des artistes comme Alfieri et Scanavino à Gênes et Simon Benetton à Trévise. Jeune homme, il découvre, au hasard des programmations du cinéma de la Poste de Gênes, les films d’avant-garde. Durant l’âge d’or de Cinecitta, il se trouve à Rome où il est un "paparazzo". Il y fait la connaissance d’artistes tels que Burri. A Paris, sa rencontre avec Diego Giacometti l’enrichit énormément. Il suit bientôt les séminaires sur le cinéma d’avant-garde à la faculté de Vincennes et participe à la fondation de la Paris Films Coop. Cette activité militante en faveur du cinéma d’avant-garde, expérimental ou marginal, il l’a poursuivie en organisant des projections de films, à l’Espace ILC, pas loin d’ici, passage Dauphine, à la Cinémathèque française (Langlois, par l’intermédiaire d’Alain Marchand inaugura le palais des Congrès avec, notamment des films de Martedi, par la suite, ce dernier fit un cycle très intéressant à la CF). Il crée avec ses amis l’Omnium des cinéastes indépendants. Au Salon Écritures créé par Maurice Lemaître, le groupe lettriste et nous-même, l’Omnium a par exemple projeté des films expérimentaux, en particulier ceux, d’esprit rock, d’Ahmet Kut.

Le travail de Giovanni Martedi va des installations du cinéma élargi (avec Kut, il participe au festival Expanded Cinema de Londres, puis aux manifestations de cinéma élargi organisées au British Council de Paris par David Wharry et Deke Dusinberre, ainsi que celle de Chilly Mazarin ou, plus récemment, à l’hommage à Marcel Duchamp conçu par Christian Lebrat) aux interventions directes sur le support filmique. En un sens, il était plus sculpteur que cinéaste : c’est l’aspect tridimensionnel du film - les couches de l’émulsion, l’architecture de l’espace de projection, les effets sur les marges écraniques - qui l’intéressait surtout. Sauf exception (cf son Portrait d’Ahmet Kut, 1980), il ne tourne pas des films mais les détourne plutôt en utilisant des chutes et des bandes prises par d’autres ou bien en ayant recours à un support neutre - amorces blanches, noires, pellicule transparente, mires, voire à aucun support du tout. La plupart du temps, son travail consiste à interroger le processus de la séance de projection lui-même, en mettant l’accent sur tel ou tel phénomène passant habituellement inaperçu du spectateur. Ainsi, par exemple, au lieu d’éliminer le bruit de fond du projecteur (celui-ci est normalement isolé en cabine), ou de chercher à faire oublier le faisceau lumineux, il insistera sur ces caractéristiques de l’appareil, mettant en scène la projection. De même, les grattages de la pellicule feront l’objet de ses soins.

Evoquant la répétitivité du cinéma hollywoodien qui se manifeste par exemple sous la forme des remakes, Martedi envisageait à un moment de reconstituer sa propre production dont il reste peu de traces sur pellicule. Il faut dire que, grâce à Jean-Michel Bouhours, le Centre Pompidou a sauvegardé trois films 16mm de Martedi, aujourd’hui diffusés par Light Cone, sauvés des pertes irrémédiables dues à divers déménagements. La sœur du cinéaste, Silvia Banfi Manassero, a permis que soit déposée au Centre Pompidou, au service de Philippe-Alain Michaud, une malle pleine de bobines 16mm avec des boucles, du found footage et sans doute aussi le résultat plastique d’interventions directes sur pellicule. Jacques Brunswic a pu conserver trois films du réalisateur ainsi que des documents vidéo documentant certaines de ses séances récentes de cinéma élargi.

Intéressé par la technique (par le laser, par exemple, qu’il utilisa, grâce à un spécialiste de la question, en projetant une pyramide inversée ou une tour Eiffel la tête en bas, sur le parvis du Trocadéro ; par les recherches photographiques avec l’aide de J. Brunswic ; les expérimentations sonores avec Ahmet Kut ; par l’informatique, qu’il ne maîtrisait pas mais dont il suivit avec des amis comme Ariane Boviatsis des formations pointues en dessin assisté par ordinateur, etc.), il était plus un ingénieux bricoleur qu’un ingénieur. Giovanni Martedi faisait du film sans caméra mais pas vraiment sans projecteur. La lanterne magique continuait sans doute à le fasciner, comme elle fascinait tous les spectateurs qui ont eu la chance d’assister à ses projections. Malgré son désordre apparent, il était extrêmement rigoureux et précis dans ses propositions artistiques. Il gardait son sourire malicieux, son œil pétillant et la capacité d’émerveillement de l’enfance du 7e art, celui du spectacle forain.