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Giovanni Martedi
à Beaubourg
Par Nicolas VILLODRE

Le Centre Pompidou a rendu hommage, le 6 mars 2013, à notre ami Giovanni Martedi, récemment disparu, cinéaste qui "développa dans les années 70 une pratique du film libérée de toutes formes de théâtralité et de psychologie, s’attachant à définir un cinéma dit ’pauvre’ au sein même de l’expérimental".



Outre une vitrine présentant des bobines de pellicule 16mm peintes, grattées, gauffrées, imprimées, percées à la main ou avec de simples outils, le département Film du musée a projeté, les quatre premiers films à l’aide d’un projecteur 16 placé dans la salle, le dernier depuis la cabine, en copie vidéo numérique, les titres suivants :

FSC1 (Film sans caméra 1), 1974, 16mm, coul., son, 11’ ; TQ (Tel quel, Film sans caméra), 1975, 16mm, coul., son, 11’ (co-réal. Alain Bonnamy et anonyme) ; ST (Sans titre, Film sans caméra), 1974, 16mm, coul., son, 5’ ; STST (Sans titre, Film sans caméra), 1975, 16mm, coul., son, 5’30 ; ST&ST (Sans titre, Film sans caméra), 1982, 16mm sur Beta numérique, coul., son, 16’30.

Occasion de revenir sur ce qui, selon nous ; caractérise l’individu et son œuvre cinématographique.

Lorsque, après le décès de Giovanni Martedi, le 11 mai dernier, nous avons su par sa sœur Silvia Banfi et ses amis Ariane Boviatsis et Arnaud Degouy qu’il avait conservé un certain nombre de films au fin fond de sa cave, ce fut pour nous une surprise car nous pensions que plus rien ne restait de son œuvre sur pellicule après ses divers déménagements et pérégrinations. Ses ayants droit, Silvia et Marzio Banfi, avaient le choix entre plusieurs lieux pouvant recevoir ces films après cette découverte qui ressemblait à un signe de l’au-delà ou à une farce posthume de Giovanni :

- les Archives du film du Cnc, qui dispose de moyens, en matériel et en personnel et travaille avec les laboratoires spécialisés dans le domaine de la restauration. Mais, à l’exception d’un film super 8 de Klonaris-Thomadaki gonflé en 35mm il y a quelques années, il nous semble que cet organisme ne montre pas d’intérêt particulier pour le cinéma expérimental contemporain, pas plus qu’il ne dispose pas d’un écran où projeter correctement ces films : par conséquent, on a pensé que ce n’était pas la meilleure idée ;

- la Cinémathèque française, dont Giovanni fut proche du vivant d’Henri Langlois et d’Alain Marchand (il participa ainsi au programme de la CF inaugurant le palais des Congrès en 1974 et mit en place lui-même en tant que programmateur un cycle de films expérimentaux avec l’aide de la CF et du journal de Michel Giroud, Canal, qui imprima gracieusement un beau prospectus en noir et blanc). Mais, malheureusement, depuis la rétrospective quasiment exhaustive de Christian Lebrat et Nicole Brenez, Jeune, dure et pure, une histoire du cinéma d’avant-garde et expérimental en France, la CF donne l’impression de négliger le cinéma expérimental. Les programmes récents de cinéma marginal étant à base de films de cinéma bis ou de films militants : ce n’était donc pas une très bonne idée ;

- restait enfin le Centre Pompidou, pour deux raisons : à l’époque où Jean-Michel Bouhours dirigeait le Cinéma du Musée, le Centre avait acheté trois films de Martedi, trois titres qui ont pu être sauvegardés, qui sont également diffusés par Light Cone ; d’autre part, les séances hebdomadaires du Film continuent à faire la part belle à l’avant-garde, sous toutes ses formes. Le service que dirige Philippe-Alain Michaud, notamment Alexis Constantin et Jonathan Pouthier, a réagi positivement à l’idée de constituer un fonds Martedi à Beaubourg, avec les bobines en support 16 mm conservées par l’artiste, réalisées par lui ou par d’autres, dont le nombre a été relativement important puisque Arnaud Degouy en a trouvé encore et encore au moment où il s’est agi de vider la maison : du found footage, des films réalisés par ses étudiants, un original très rare de la cinéaste et artiste peintre néerlandaise Mechtilt, décédée en 2000, amie proche de Giovanni, et quantité de documents qu’il reste à inventorier et à documenter.