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Berlinale 2013 :
Les Misérables
Par Nicolas VILLODRE


Certes, tout n’est pas parfait. Deux ou trois bémols – s’agissant d’une comédie musicale, ce mot convient – qu’on est obligé de noter si l’on veut rester crédible. Ce qui peut se comprendre. Ou, comme dirait l’autre, s’entendre.

Le public français ne connaît pas forcément les airs écrits par notre musico hexagonal exilé, c’est probable, dans sa tour d’ivoire londonienne, Claude-Michel Schönberg. L’ex de la souriante et charmante Béatrice. Ne réagira par conséquent pas comme les anglo-américains qui ont fait un triomphe à ces images d’Épinal illustrées sur les scènes du West End ou de Broadway par de ces mélodies post-romantiques qui vous collent aux esgourdes voire aux doigts.

Les mouvements de caméra sont systématiquement verticaux – ceux de l’ascenseur social, qui vous élève au rang de notable ou vous descend aux enfers, vous rejetant dans le caniveau et le bas-fond.

Ce qui paraîtra superflu au spectateur (et même raté à nos yeux exigeants accoutumés à mieux), mais qui aura au moins permis de nourrir convenablement des centaines de petites mains mentionnées au générique final ce sont ces effets spéciaux, ces matte paintings et ces images infographiques qui limitent la portée du message hugolien au lieu de l’universaliser.

Ceci dit, Brahim !, le film se laisse voir. Les très très très gros plans, en haute déf, des comédiens retenus par le dirlo, provenant d’Américanie mais aussi d’Australie et, bien sûr, du Royaume-Uni, chantant eux-mêmes et vraiment, sans playback, avec l’aide d’un guide-chant donnant le la et la ligne harmonique des tunes (ligne qui sera noyée par la suite dans le malstrom de l’orchestre symphonique), sont tout à fait inédits. D’autant que chaque numéro est filmé en plan-séquence, le temps de la chanson et que, humblement, l’immobilisation de la caméra laisse alors le champ libre à l’expression de l’acteur. Les grimaces, les larmes, les gouttes de sueur, les coulées d’humeurs muqueuses sont plus parlantes que les lyrics.

Et, le metteur (Tom Hooper, pour ne pas le nommer) s’étant spécialisé, comme on sait, dans le phonique, la phonétique, l’art de l’articulation, on apprécie son parti pris qui consiste à exiger des comédiens qu’ils chantent, ici et maintenant, avec leurs qualités et leurs défauts. Du coup, chaque chanson pourra paraître surjouée mais est donnée à entendre avec intensité. Comme une plainte, un cri, un dernier souffle. Sans le recours aux claquettes, chaque numéro musical devient ainsi un morceau de bravoure.

On retrouve avec plaisir la jadis pouponne Anne Hathaway (sa maigrichonnerie convenant à son rôle de Fantine). On retrouve avec intérêt le gladiateur Russel Crowe, passé du côté du manche de la flicaille. On est épaté par la performance proprement chorégraphique, qui plus est, extrêmement comique, de Sacha Baron Cohen qui, avec sa partenaire Helena Bonham Carter, jouent les pickpockets. Sans façon ou plutôt si : façon Bresson.