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Berlinale 2013 :
Por primera vez
Par Nicolas VILLODRE


Dans le cadre du Forum Expanded, une séance inspirée par Dada (avec tirage au sort des documents qu’on allait voir, provenant tous de la collection de films indépendants accumulés au fil des ans par cette sympathique section de la Berlinale, grâce au couple de cinéphiles de légende Ulrich et Erika Gregor) et par un certain prosélytisme en faveur de formes et formats de nos jours délaissés ou en marge, que ce soit le 16mm (avec la magnifique table de montage du cinéaste Haroun Farocki, présent à cette séance, une Steenbeck, marque allemande créée en 1931 à Hambourg, exhibée comme telle devant nous, côté cour, le petit écran de la machine étant filmé en vidéo et projeté live avec sa charge pelliculaire sur le grand écran) ou des exemples de premiers films d’auteur et de cinéma militant.

Primera Vez, court métrage cubain de 9’ réalisé par Octavio Cortazar en 1967 relève du film de propagande, au sens propre du terme, qui a à voir avec l’apostolat, la mission, l’évangélisation du bon peuple des campagnes au moyen du rituel cinématographique. Il est consacré au travail zélé de deux projectionnistes parcourant en camion (le kino-mobil) les régions montagneuses les plus inaccessibles. Le film nous touche car il rappelle à la fois l’activisme politique du groupe Medvedkine, célèbre pour son ciné-train allant semer la bonne parole et l’imagerie léninistes au fin fond de l’Union soviétique au début des années trente et le travail d’un Jean Rouch (et de bien d’autres ethnologues) allant filmer certains pays d’Afrique avant de montrer le résultat aux villageois.

Le petit peuple est interviewé. Quantité de gens déclarent n’avoir jamais vu de film de leur vie. Un paysan se souvient avoir assisté à une séance de cinéma à… Guantanamo. Les gosses sont tout excités à cette idée. De très jeunes mères de famille disent ne sortir pratiquement jamais de leur village. L’arrivée du ciné-camion est vécue comme un moment festif. Les enfants au sourire édenté sont captés en gros plan, en contre-plongée, joyeux, le regard illuminé pointé vers l’écran qui projette (pas certain que question des droits de projection de cette œuvre ait d’ailleurs été réglée !)… Les Temps modernes de Chaplin.