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Berlinale 2013 :
Once Every Day
Par Nicolas VILLODRE


Le metteur en scène de théâtre Richard Foreman, fondateur de la troupe légendaire Ontological-Hysteric Theater, a présenté, en première, via skype (la météo avait fait annuler sa venue et quantité de vols New York-Berlin), un film qui fait un peu plus d’une heure chrono, Once Every Day, produit, réalisé et entièrement monté par lui. Une troupe de théâtre exécutant une série de tâches, filmée en vidéo par Foreman, sert de matériau au film, de point de départ, de motifs récurrents, de modèles, au sens où pouvait l’entendre Robert Bresson.

Totalement dysnarratif, ce qui est une bonne chose, l’opus détaille en long, en large et en travers les mini-actions des comédiens, ralentissant leurs gestes, compliquant inutilement leur rituel, défigurant, dématérialisant ou rendant graphiques (à la limite de l’abstraction) les corps, jouant avec les textures, les teintes, les virages, les effets visuels, les filtres vidéo, les trucages de type After Effects.

Fasciné par la matière nouvelle qu’il semble découvrir en même temps que le montage vituel Final Cut, iconolâtre en un sens, Foreman oublie malheureusement cette autre donnée essentielle propre au 7e art et autres arts scéniques : la durée.

Le point faible de ce film est effectivement sa monotonie (tous les plans semblent avoir la même longueur), son teasing volontairement frustrant (lorsque l’on commence à s’intéresser à un puctum, on passe à autre chose, esquivant le plaisir facile, fuyant en avant toute), son arythmie, bref : son côté plan-plan. Pour ne pas dire pépère. Pas si simple que ça que de faire dans le cinéma expérimental.

On ressort du théâtre Hebbel am Ufer/HAU (quand on résiste au désir de briser là, en quittant plus ou moins discrètement les lieux, comme nombre de spectateurs impatients) avec une impression d’impressionnisme qui ne nous impressionne pas plus que ça. Autrement dit : d’analyse de sensations, de points de détail ou de vue, d’angles divers mais pas si variés que ça, sans aucune velléité de synthèse, de ramassage de billes, de filtrage au chinois.

Cela reste théâtral et hiératique, pas du tout hystérique, et donc pas vraiment psychologique. Avec des regards caméra filmés en très gros plans, apeurés ou pénétrés. Le hall et l’intérieur d’une salle un peu patinée fait office de décor.

On sent la fascination de Foreman pour son nouvel outil, le logiciel de montage. Il use et abuse des filtres « esthétiques », des textures, des aplats, des désaturations, des déformations. Pour ne prendre qu’un exemple, l’effet de désentrelacement, propre à Final Cut et à son traitement de la trame tremblotante de la vidéo, est exploré et exploité subtilement.