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Hundra
HUNDRA
De Matt Cimber
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Elevée dans une tribu composée exclusivement de femmes guerrières, Hundra (Laurene Landon) rentre un jour de la chasse pour découvrir que son clan a été massacré par des barbares. Afin de perpétuer sa race, elle décide de partir à la recherche de celui qui sera digne de lui faire un enfant. Sa quête la mène dans une ville dominée par des hommes vouant un culte au taureau. Dans ce monde de brutes, Hundra va devoir lutter ferme pour que les droits de la femme soient enfin respectés !



POINT DE VUE

Laurene LandonEn 1982, le succès de Conan the Barbarian (John Milius, 1982), adaptation réussie des écrits de Robert E. Howard, lance la mode de l’Heroic Fantasy au cinéma. Matt Cimber, connu non seulement pour avoir été l’époux de Jayne Mansfield, mais aussi pour avoir réalisé le violent thriller The Witch Who Came From the Sea (1976) et le drame Butterfly (1982) avec Pia Zadora et Orson Welles, se voit alors proposer une offre peu ordinaire. Un producteur ayant racheté les costumes, les armes et les décors utilisés dans Conan, engage Cimber pour mettre en scène en Espagne une version féminine des exploits du célèbre barbare. Cimber pense immédiatement à la sculpturale Laurene Landon pour incarner l’altière Hundra. Habituée des productions Larry Cohen, remarquée en catcheuse dans All the Marbles (Robert Aldrich, 1981), puis en secrétaire de Mike Hammer / Armand Assante (qui ne supportait pas qu’elle soit plus grande que lui !) dans I, the Jury (Richard T. Heffron, 1982), Laurene Landon accepte avec enthousiasme de tenir un rôle de guerrière, en insistant pour faire elle-même les cascades du film, au risque de se blesser gravement (lors d’une séquence où Hundra chevauche nue dans la mer, le cheval s’est soudain couché en cognant la tête de Laurene Landon, transportée d’urgence à l’hôpital). Une fois arrivé en Espagne, Cimber, qui trouve que Conan avait été trop pris au sérieux, se rend compte qu’il ne veut absolument pas en tourner un pendant féminin. Avec la collaboration de son co-scénariste John F. Goff, il décide en conséquence de retravailler le script au jour le jour, avec à l’esprit de faire de chaque séquence du film une métaphore sur les relations difficiles entre hommes et femmes, quitte à délaisser l’action au profit de la réflexion.

Même si Hundra est souvent présenté comme un équivalent féminin de Conan, force est de constater que ce n’est aucunement le cas, à cause de cette volonté discutable de Matt Cimber, de se démarquer de l’univers de L’Heroic Fantasy pure et dure. Certes Hundra partage avec Conan ses costumes, son style narratif (une voix-off ponctue les différentes étapes du parcours de la guerrière), certains éléments scénaristiques (le village de Hundra est décimé à l’instar de celui de Conan), mais alors que Conan (Arnold Schwarzenegger) était animé par une soif de vengeance à l’égard de Thulsa Doom (James Earl Jones), le but de Hundra est tout autre : elle veut avoir un enfant pour que sa race ne s’éteigne pas ! Elle n’est pas du genre à accepter le joug masculin et les hommes qui chercheront à l’asservir s’en repentiront ! Affichant un féminisme assez simpliste (presque tous les hommes sont des porcs, le chien de Hundra est un lâche parce que c’est un mâle), le long-métrage de Matt Cimber est loin d’être aussi spectaculaire que celui de John Milius. Matt Cimber donne l’impression d’avoir hésité à suivre le chemin tracé par Milius (film d’action) avant de finalement choisir d’adopter son propre style (étude de moeurs). D’où un film hybride, qui parait changer de genre en cours de route. Après une première scène classique mais très efficace montrant le massacre des amazones par les barbares, à grand renfort de ralentis, succède un passage très déplaisant durant lequel Hundra se fait violenter par une brute avant de se décider à riposter. Puis l’action se fige presque définitivement lorsque l’héroïne arrive dans une ville où les femmes sont destinées à assouvir les moindres désirs des hommes dans un temple ressemblant fort à une maison de passe.