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Le manoir de la terreur
LE MANOIR DE LA TERREUR
D’Alberto De Martino
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : En Angleterre, à la fin du XIXème siècle, Emily Blackford (Ombretta Colli), accompagnée de ses amis John et Alice Taylor (Vanni Materassi et Irán Eory), retourne dans le château familial, habité par son frère Roderick (Gérard Tichy). Entre la froideur de celui-ci, le décès accidentel du père, le comportement suspect du Docteur Atwell (Leo Anchóriz) le nouveau médecin de famille et les cachotteries de la glaciale gouvernante (Helga Liné), Emily est en proie à d’épouvantables cauchemars. Mais il semble que le père, horriblement défiguré et dément, ait survécu à l’incendie de l’abbaye. Et qu’il ait décidé d’accomplir la prophétie qui, pour que la lignée des Blackford ne disparaisse pas, exige la mort de la dernière descendante, Emily, avant ses 21 ans. Soit avant 5 jours…



POINT DE VUE

Helga LinéCo-production italo-espagnole, Le manoir de la terreur fait partie de la vague de films gothiques qui a déferlé sur les écrans dans les années 60, avec notamment les excellents Le masque du démon (Mario Bava, 1960) et Danse macabre (Antonio Margheriti, 1964). Les principaux ingrédients du genre sont là : un château lugubre bien à l’écart de la civilisation, des conditions climatiques orageuses, un secret de famille terrifiant, des domestiques inquiétant(e)s aux motivations troubles, qui regardent leurs complices d’un air entendu. Le scénario a été coécrit par les frères Sergio et Bruno Corbucci, connus aussi comme réalisateurs prolifiques, Sergio étant à cet égard plus doué que son frère, en mettant en scène des westerns particulièrement mémorables, comme Django (1966), Le grand silence (1968) et Companeros (1970). L’histoire s’inspire de La chute de la maison Usher d’Edgar Allan Poe sans pourtant créditer l’écrivain. A ce sujet, Le manoir de la terreur s’apparente à la série de films réalisés par Roger Corman adaptant de façon très libre l’œuvre de Poe : La chute de la maison Usher (1960), La chambre des tortures (1961), L’enterré vivant (1962), Le masque de la mort rouge (1964).

Force est de constater que le récit n’est malheureusement guère palpitant et l’on s’amuse à mettre le doigt sur les faiblesses du scénario. Si la pauvre Emily Blackford est menacée de mort par son père devenu dément qui rôde aux alentours du château, pourquoi ne déguerpit-elle pas sur le champ, accompagnée de son amie Alice Taylor et du frère de celle-ci ? De plus, une certaine paresse de mise en scène est à déplorer. En effet, les deux fois où Emily est confrontée dans l’abbaye en ruine à la figure spectrale de son père, les plans sont les mêmes, mais les personnages ont des positions inversées, avec Emily au premier plan à droite, le père à l’arrière-plan à gauche, puis le contraire la fois d’après !

Ombretta ColliToutefois, l’atmosphère pesante est assez bien rendue et certaines scènes suscitent l’attention, notamment celle où Emily, consciente mais ayant l’apparence d’une morte, est enfermée dans le mausolée familial, le personnage trahissant alors, en voix-off, toute sa terreur au fur et à mesure que se déroule son enterrement. La situation sera similaire mais bien plus funeste pour Jean Sorel dans Malastrana - Je suis vivant ! (Aldo Lado, 1971), puisque ce dernier, tout à fait conscient mais paralysé finira… sur une table d’autopsie ! Autre originalité rafraichissante du film, le suspect idéal, qui arborait la mine patibulaire de rigueur, s’avèrera finalement étranger au complot visant à éliminer Emiliy qui, décidément, se serait épargnée bien des tracas en évitant un séjour mouvementé au château de ses ancêtres !