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Kiss of Death
KISS OF DEATH
De Henry Hathaway
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Ne trouvant pas de travail pour nourrir sa famille, Nick Bianco (Victor Mature) participe à un hold-up dans la bijouterie d’un grand magasin. L’alarme ayant été déclenchée, il se retrouve en prison. L’assistant du Procureur de New York Louie D’Angelo (Brian Donlevy) propose à Bianco une réduction de peine s’il dénonce ses complices, mais il refuse en étant persuadé que ceux-ci mettront à l’abri du besoin sa femme et ses filles. Incarcéré depuis trois ans, Bianco apprend que sa femme s’est suicidée après avoir eu une liaison avec l’un des hommes qu’il protégeait par son silence, et que ses filles ont été placées dans un orphelinat. Il décide alors de dénoncer ses ex-partenaires. Libéré, il récupère ses filles, se remarie avec leur ancienne baby-sitter, Nettie (Coleen Gray), et tente de tirer un trait sur son passé. Malheureusement D’Angelo le pousse à témoigner contre Tommy Udo (Richard Widmark), un tueur psychopathe et sadique. Le témoignage de Nick Bianco ne suffira pas à condamner Tommy Udo qui, dès lors, deviendra une menace omniprésente pour celui qui l’a trahi.



POINT DE VUE

Richard WidmarkCo-scénarisé par le script doctor d’Hollywood, Ben Hecht, d’après une histoire écrite par Eleazar Lipsky, un ancien District Attorney de New York, Kiss of Death appartient à la série des films réalistes, se voulant proche du genre documentaire, tournés par le cinéaste Henry Hathaway, comme The House on 92nd Street (1945), 13 Rue Madeleine (1947) et Call Northside 777 (1948). A cette époque, notamment sous l’influence de Daryl L. Zanuck, le studio Fox multipliait les productions substituant des extérieurs réels aux décors en studio, à dessein de renforcer l’authenticité de sujets sociaux. Dans cet esprit, les techniciens et les comédiens travaillant sur Kiss of Death, se rendirent dans les prisons de Sing Sing et de Tombs à New York, pour se faire traiter comme les détenus.

Le film d’Henry Hathaway est fidèle à la tradition moralisatrice un rien agaçante des films noirs de cette époque, en accord avec le code de production Hays exigeant que le banditisme ne soit pas glorifié au cinéma. Pour que le public ressente de la sympathie pour Nick Bianco, le malfaiteur incarné par Victor Mature, le récit en fait presque une figure de martyre, devant souffrir pour atteindre la rédemption. La voix-off fait entendre Coleen Gray, jouant Nettie, la nouvelle femme de Nick, qui raconte l’histoire en expliquant l’espèce de déterminisme ayant poussé son époux vers le crime. Assez exceptionnelle dans l’histoire du film noir, cette voix-off est le seul élément qui enlève toute ambiguïté sur le sort du héros à la fin du film.

Autant Victor Mature était inexpressif face à l’ardente Gene Tierney, dans The Shanghai Gesture (Josef Von Sternberg, 1941), autant il a donné le meilleur de lui même en Doc Holliday suicidaire dans My Darling Clementine (John Ford, 1946), ainsi que dans la peau de Nick Bianco, un homme dur, mais capable d’une grande sensibilité lorsqu’il est question de sa famille. La scène dans laquelle Bianco revoit enfin ses deux petites filles dans un orphelinat, après trois ans de prison, est particulièrement bouleversante. Après Kiss of Death, la carrière de Mature se perdit malheureusement un peu trop dans les péplums. Coleen Gray, en femme aimante d’un ex-truand, écope d’un personnage légèrement stéréotypé. Neuf ans plus tard, elle se retrouvera la petite amie d’un malfrat cette fois-ci guère attiré par l’honnêteté dans le tragique The Killing (Stanley Kubrick, 1956). Habitué aux rôles de crapules, Brian Donlevy passe de l’autre côté de la barrière en composant D’Angelo, l’assistant du Procureur assez crédible et plutôt sympathique de Kiss of Death. D’Angelo exige beaucoup de Nick Bianco, mais s’avèrera bien incapable d’assurer la sécurité de celui qui lui a fait confiance le moment venu.