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Il dito nella piaga
DEUX SALOPARDS EN ENFER
De Tonino Ricci
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Italie. 1941. Condamnés à mort par la cour martiale, deux soldats américains, un blanc (Klaus Kinski) et un noir (Ray Saunders), sont miraculeusement sauvés grâce à l’irruption d’un commando de parachutistes allemands. Ayant également échappé au massacre, le lieutenant Sheppard (George Hilton), l’officier chargé de leur exécution doit s’unir à eux pour tenter de survivre. Les trois hommes trouvent refuge dans un village pittoresque. Ils vont alors organiser la défense des villageois face aux Nazis.



POINT DE VUE

Ray SaundersAlors que les films de guerre étaient en vogue dans les années 60, l’Italie a suivi le mouvement en s’inspirant de films comme Les douze salopards (Robert Aldrich, 1967). Le titre français Deux salopards en enfer est parlant, en ce qu’il revendique une évidente connexion avec le film d’Aldrich, alors que le titre original du long-métrage de Tonino Ricci, Il dito nella piaga (littéralement Le doigt dans la plaie, plus subtil, renvoie aux dilemmes intérieurs de chaque protagoniste. Cette histoire doit aussi beaucoup au western Les sept mercenaires (John Sturges, 1960), en montrant des hommes qui s’humanisent au contact de villageois d’une autre culture. Le caporal Byron Haskins (Klaus Kinski), voleur endurci, est touché par une jeune femme (Betsy Bell) qui lui déclare son amour. Le soldat noir Calvin Mallory (Ray Saunders), coupable d’avoir tué l’un de ses supérieurs dans un moment de furie, se lie d’affection avec un jeune orphelin (Roberto Pagano). Quant au lieutenant Sheppard (George Hilton), tout d’abord obsédé par l’idée qu’il doit ramener les deux condamnés auprès des autorités militaires pour qu’ils soient fusillés, il voit ses valeurs morales fortement ébranlées lorsqu’il prend progressivement conscience que même des hommes condamnés par la société comme Haskins et Mallory sont capables de bravoure et du sens du sacrifice.

De la part de Deux salopards en enfer, on aurait pu s’attendre à un pur film d’action, mais il surprend par sa gravité, son symbolisme appuyé et son message antimilitariste. Dès le début le ton est donné avec une citation biblique finissant par « Dieu créa l’homme à son image et selon sa ressemblance, l’homme commit le premier pêché, Dieu le chassa du jardin d’Eden en lui disant : désormais, tu connaîtras le bien et le mal. » Ensuite, le récit est parsemé d’éléments renvoyant au rapport complexe entretenu par les hommes et le Seigneur, ce dernier étant parfois source de réconfort (athée, Haskins hésite pourtant à se séparer d’une croix trouvée sur un cadavre avant de finalement la conserver), ou témoin impuissant et muet de la barbarie humaine (une statue de sainte est écrasée au pied de l’église par un char de l’envahisseur allemand). Haskins est chargé de résumer le constat du film lorsqu’il déclare que tous les hommes sont des tueurs, la nationalité n’y faisant rien. Une citation de John Fitzgerald Kennedy clôt Deux salopards en enfer en assenant une vérité jamais retenue : « l’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité. » Le propos pourrait être bien emphatique et assommant, cependant le film de Tonino Ricci a le mérite de donner une certaine épaisseur à ses personnages trouvant la rédemption, ce qui lui évite de (trop) sombrer dans la lourdeur.

George HiltonL’ouvrage de Klaus Kinski Crever pour vivre (Belfond, 1976) était fascinant à lire, tant l’acteur y décrivait sa vie de façon surréaliste. A le croire, il était irrésistible et toutes les femmes se battaient pour coucher avec lui, y compris toutes ses partenaires à l’écran ! De façon certainement plus proche de la vérité, il indiquait que ce qui l’attirait dans le fait de jouer, c’était de gagner le plus d’argent possible, la qualité n’étant même pas une considération secondaire : « Je tourne sans arrêt, un film après l’autre. Je ne lis même plus le scénario pour ne pas être complètement écœuré avant le début du tournage. » (Page 203). Alors que généralement, il tournait deux-trois scènes contre un gros cachet, avec pour le producteur l’assurance que le simple nom de Kinski sur l’affiche ferait venir le public dans les salles, on constate qu’il a bien plus de présence à l’écran qu’à l’accoutumée dans Deux salopards en enfer, puisqu’il y joue l’un des principaux protagonistes. Alors que dans Cinq pour l’enfer (Gianfranco Parolini, 1969), il incarnait un officier SS, la même année, il passe dans l’autre camp en jouant ici un soldat américain ! Difficile d’oublier le final où Haskins, mitraillette au poing, hurlant comme un damné, s’attaque seul à un char ennemi.