Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

Dracula contre Frankenstein
DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN
De Tulio Demicheli et Hugo Fregonese
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Des extra-terrestres de la planète Ummo arrivent incognito sur Terre. Le Dr. Odo Warnoff (Michael Rennie), l’un de leurs émissaires, ressuscite deux scientifiques (Karin Dor et Angel del Pozo) dont les corps servent d’hôtes à ses assistants. Leur mission funeste est de conquérir la terre après avoir éliminé ou dominé l’espèce humaine. Pour y arriver, ils entreprennent de ramener à la vie quelques grands monstres prédateurs de l’humanité : le vampire Janos de Mialhoff (Manuel de Blas), le loup-garou Waldemar Daninsky (Paul Naschy), la momie Tao-Tet (Gene Reyes) et le monstre de Farancksalan (Ferdinando Murolo). Ayant découvert leur plan de conquête, l’inspecteur Henry Tobermann (Craig Hill) va tenter de déjouer leurs attaques.



POINT DE VUE

Janos de Mialhoff / DraculaGrande figure du cinéma fantastique ibérique, homme de multiples talents, acteur, réalisateur, scénariste, Paul Naschy (1934-2009) n’a jamais caché sa fascination pour les monstres du studio Universal, la preuve en est que durant sa longue carrière, il les a tous joués ! Il a ainsi prêté ses traits au Comte Dracula dans Le grand amour du comte Dracula (Javier Aguirre, 1973), à la momie dans La venganza de la momia (Carlos Aured, 1973), au monstre de Frankenstein dans El aullido del diablo (Paul Naschy, 1987) et enfin au loup-garou, en inventant le personnage de Waldemar Daninsky, que l’on retrouvera dans treize films. Cet intérêt pour ces créatures sanguinaires lui a donné l’idée de les réunir dans un même film dont il signe le scénario, en trouvant un financement auprès de plusieurs pays.

Coproduction italo, germano-espagnole, Dracula contre Frankenstein ne crédite au générique qu’un seul réalisateur, l’argentin Tulio Demicheli. Pourtant, des sites spécialisés comme imdb.com ou encyclocine.com mentionnent curieusement deux autres cinéastes à la réalisation, l’allemand Eberhard Meichsner et surtout Hugo Fregonese, compatriote de Demicheli, auteur aux Etats-Unis des excellents westerns Quand les tambours s’arrêteront (1951) et Le raid (1954). En vérité, selon les dires de Naschy, relatés par Alain Petit dans l’entretien présent sur le DVD du film, Fregonese est responsable de 70% du long-métrage, puis Demicheli l’a remplacé pour les 30% restants. Autre bizarrerie, alors même que les titres français et allemands vantent la présence de Dracula et du monstre de Frankenstein, on constate en regardant le film, tant en version originale qu’en version doublée, que les noms des personnages ont été modifiés – Dracula cède la place à Janos de Mialhoff et Frankenstein à Farancksalan, certainement par crainte des producteurs d’être attaqués par Universal pour violation du Copyright. Mais il est vrai que Janos de Mialhoff contre Farancksalan n’étant pas un titre très accrocheur, on comprend que des considérations commerciales ont finalement triomphé de la peur du procès.

Le monstre de Farancksalan / FrankensteinAvec ses créatures d’une autre planète se servant de monstres mythiques comme marionnettes devant servir à éradiquer l’espèce humaine, le scénario de Naschy est nourri de diverses influences ; les films d’invasion extra-terrestre comme Plan 9 from Outer Space (Ed Wood, 1959) et les films produits par le studio Universal qui, dès les années 40, avait eu l’inspiration de faire des cross-over avec les monstres de son sérail. La maison de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1944) et La maison de Dracula (Erle C. Kenton, 1945) réunissaient Dracula, le loup-garou et la créature de Frankenstein. Quarante ans plus tard, The Monster Squad (Fred Dekker, 1987) reprendra le filon en y ajoutant la créature du lac noir et plus récemment, le gentiment crétin mais distrayant Van Helsing (Stephen Sommers, 2004) permettra de nouveau au vampire, à l’homme-loup et à la création du savant Frankenstein de se retrouver et de se taper dessus.

Malheureusement, avec Dracula contre Frankenstein, il y a un peu tromperie sur la marchandise, le titre français, tout comme le titre allemand Dracula jagt Frankenstein (Dracula chasse Frankenstein) laisse présager un duel de titans qui finalement n’arrivera pas. Le titre original espagnol Los monstruos del terror (Les monstres de la terreur) est le plus honnête. En fait le titre français, s’il était fidèle à la réalité du métrage, devrait plutôt être Le loup-garou contre le monstre de Farancksalan et contre la momie et l’inspecteur Tobermann contre le Comte Janos de Mialhoff ! Il faut bien reconnaître que le seul monstre un tant soit peu développé est le loup-garou composé par Naschy, les autres sont assez sacrifiés. L’histoire s’oriente davantage vers l’évolution psychologique des envahisseurs qui, petit à petit, sont « envahis » par les émotions humaines comme la jalousie et l’amour, tandis que les monstres ne sont que des faire-valoir, des figures de carnaval réduites à faire de la figuration. Il est dommage que la résurrection du vampire, à l’origine un squelette avec un pieu dans le cœur et qui se régénère une fois le pieu retiré, idée d’ailleurs directement reprise du précité La maison de Frankenstein, ne donne lieu qu’à une fugace séquence. Autre scène qui aurait bénéficié d’être plus développée, celle durant laquelle le policier héros du film se met à avoir des hallucinations et après avoir cru voir un vampire dans une brasserie, croit être à son tour transformé en créature de la nuit.