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Le massacre des morts-vivants
LE MASSACRE DES MORTS-VIVANTS
De Jorge Grau
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : George (Ray Lovelock), jeune antiquaire à Manchester, doit se rendre à Windermere pour y vendre une pièce rare. En chemin, sa moto est endommagée par la voiture d’Edna Simmonds (Cristina Galbó), pressée d’aller retrouver sa sœur Katie (Jeannine Mestre) devenue dépendante à la drogue. George se fait prendre en voiture par Edna mais celle-ci le convainc de passer d’abord chez sa sœur avant d’aller à Windermere. Lors d’un arrêt près d’une rivière, Edna se fait agresser par un étrange vagabond aux yeux rouges, trempé et avec une corde au cou (Fernando Hilbeck), tandis que George, qui s’est éloigné pour chercher la direction à prendre, découvre dans un champ une machine insecticide testée par le ministère de l’agriculture. George et Edna réalisent que la machine émet des radiations faisant se réveiller les morts, dont l’agresseur d’Edna qui s’était noyé quelques jours auparavant. Comble de l’horreur, les morts ressuscités s’en prennent aux vivants pour les dévorer. Comble de malchance, George et Edna ne sont pas crus par les autorités, représentées par un inspecteur particulièrement obtus (Arthur Kennedy), persuadé que les deux jeunes gens sont les coupables des massacres qui se multiplient. George et Edna pourront-ils stopper l’hécatombe et prouver leur innocence ?



POINT DE VUE

Ray LovelockCoproduction italo espagnole, Le massacre des morts-vivants est parti de la volonté du producteur Edmondo Amati de profiter du succès grandissant des films de zombies en produisant un film fortement inspiré de La nuit des morts-vivants (George A. Romero, 1968), mais cette fois-ci en couleur. Une première rencontre avec le réalisateur ibérique Jorge Grau n’aboutit pas, Grau veut mettre en scène les méfaits de la comtesse Erzsebet Bathory, célèbre meurtrière hongroise du 16e siècle et voit mal comment le récit pourrait se rapprocher de La nuit des morts-vivants. Finalement le cinéaste trouve un autre moyen de produire ce qui deviendra Ceremonia sangrienta (1973), avec Lucia Bosé, première égérie d’Antonioni, dans le rôle de la comtesse de sang. Plus tard, Amando recontacte Grau en lui proposant à nouveau de faire un film dans la lignée de celui de George A. Romero, avec un scénario déjà écrit. Grau accepte, séduit par les thèmes originaux pouvant être développés dans le projet, comme la mise en garde écologique. S’il dispose d’une grande liberté artistique, il doit pourtant se plier à quelques exigences du producteur, le script indique que l’action se passe à Manchester, pas question alors de tourner des scènes extérieures à Glasgow, une ville qui paraissait à Grau plus à même de propager une atmosphère de terreur et de contamination.

S’il est vrai que Le massacre des morts-vivants doit beaucoup à La nuit des morts-vivants, il n’en est pas un décalque sans âme mais plutôt une variante inventive. L’attaque de Cristina Galbó par le noyé et son refuge dans la voiture ressemble à l’assaut subi par Judith O’Dea au début du film de Romero. Les deux films contiennent des images similaires de banquet de zombies se repaissant de chair fraîche et développent aussi la même idée que les humains sont aussi dangereux voire plus que les zombies. Les héros de chaque histoire sont en butte tant à l’incompréhension qu’à la bêtise aveugle de leurs congénères et -  !spoiler ! - le sort injuste de Ben (Duane Jones) dans La nuit des morts-vivants trouve écho dans ce qui est réservé à George (Ray Lovelock) dans Le massacre des morts-vivants. Enfin, on retrouve dans les deux longs-métrages le même souci de dénoncer les institutions, l’inconscience des gouvernants. Dans le Romero, les morts revenaient à la vie du fait de radiations se propageant à la suite de l’explosion d’une sonde spatiale, dans le Grau, c’est une machine insecticide, testée par le ministère de l’agriculture, qui produit des ultrasons aux effets secondaires des plus néfastes. Non seulement ces maudits ultrasons réveillent les morts en les dotant d’un appétit inextinguible de chair humaine, mais ils rendent également les nouveau-nés particulièrement agressifs !

Cristina GalbóAvec ses éventrations, son impressionnant arrachage de sein et de viscères, Le massacre des morts-vivants préfigure les délires gore de Fulci, notamment ceux de L’enfer des zombies (1979), ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux partagent le même monteur, Vincenzo Tomassi, et le spécialiste des effets spéciaux Giannetto De Rossi Ce dernier a déployé des trésors d’invention, avec des œufs durs recouverts de filaments de coton imbibé de faux sang, en guise d’yeux gobés par les zombies, un mélange indigeste qui ne manqua pas de rendre malades les acteurs trop investis dans leurs personnages ! Pour l’ablation de glande mammaire sans anesthésie précitée, Giannetto a créé un faux sein en latex, creux et disposé sur une actrice peu pourvue par la nature, le rendu à l’écran est aussi marquant que le démembrement de Joseph Pilato, rendu possible par les effets de Tom Savini dans Le jour des morts-vivants (George A. Romero, 1985).

Ray Lovelock incarne parfaitement le héros embarqué tel un David Vincent de l’horreur dans une mésaventure où personne ne le croit (sauf l’héroïne qui l’accompagne). Curieux acteur italien que ce Ray Lovelock, capable selon les films d’être parfaitement transparent et inexpressif, comme c’était le cas dans La dernière maison sur la plage (Franco Prosperi, 1978), ou au contraire totalement crédible en premier rôle, comme dans le Grau ou plus tard dans le très réussi giallo Frissons d’horreur (Armando Crispino, 1975). Cristina Galbó, qui venait de perdre son mari l’acteur Peter Lee Lawrence, emporté par un cancer, compose un personnage mélancolique, fragile et égaré vraiment touchant. Le jury du Festival fantastique de Sitges ne se trompera pas en lui décernant le prix de la meilleure actrice en 1974.