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L'île des péchés oubliés
L’ILE DES PÉCHÉS OUBLIÉS
D’Edgar G. Ulmer
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Dans une île des mers du Sud, Marge Willison (Gale Sondergaard) tient un night-club menacé de fermeture par les autorités. Son petit ami, l’aventurier Mike Clancy (John Carradine) est acoquiné au peu fiable Jack Burke (Frank Fenton), propriétaire d’un petit bateau. Accompagnés de Marge et de ses employées, les deux hommes entreprennent de partir à la recherche d’un cargo plein d’or enfoui au fond des eaux. Mais Krogan (Sidney Toler) et Johnny Pacific (Rick Vallin), responsables du naufrage du cargo, comptent tirer profit de la situation en récupérant l’or, une fois que Mike et Jack l’auront remonté des profondeurs !



POINT DE VUE

John CarradineFinancée par la Producers Releasing Corporation (PRC), studio spécialisé dans les productions très bon marché, L’île des péchés oubliés n’évoque pas une île paradisiaque dans laquelle se situerait l’action du film, mais le nom du night-club miteux dont Marge est propriétaire. Il faut s’attendre à d’autres déconvenues en regardant ce film au budget étique, réalisé par Edgar G. Ulmer. A son actif, l’homme a beaucoup de séries B fauchées, cependant sa filmographie a quelques œuvres qui surprennent favorablement, comme Le chat noir (1934), d’après Edgar Allan Poe, avec Boris Karloff et Bela Lugosi ou encore Barbe bleue (1944), dans lequel il retrouve comme interprète principal John Carradine. L’idée du film traînait dans la tête d’Ulmer depuis le tournage de Tabou (F.W. Murnau, 1931), alors qu’il officiait en tant que chargé de production. Disposant des moyens très réduits, il récupère des miniatures utilisées sur Hurricane (John Ford, 1937) pour les scènes finales de tempête. Il faut bien reconnaître que l’on est loin de la grande aventure ! Le résultat n’est guère spectaculaire avec ses décors en carton-pâte, ses maquettes de bateau aussi visibles que dans les films d’Hitchcock dans sa période anglaise, sa marionnette de scaphandrier utilisée durant les scènes aquatiques à la recherche de l’épave contenant le trésor. Mais le pire vient des deux scènes de combats entre Mike et Burke en accéléré, comme dans les films muets de Charles Chaplin ou Buster Keaton, savamment filmées avec la lumière éteinte pour masquer le fait que des cascadeurs ont remplacé les acteurs.

Fort simple, cette histoire de chasse au trésor joue sur les alliances entre les personnages. La plus solide est celle qui lie Marge la tenancière et son ami Mike le scaphandrier. C’est sans conteste le couple le plus sympathique du film, qui tranche avec la vénalité et la duplicité des autres protagonistes. C’est bien regrettable que le rôle campé par Gale Sondergaard, soit assez sacrifié. Une fois que l’expédition commence pour retrouver l’or, elle se retrouve cantonnée à jouer les potiches alors qu’elle méritait mieux. Actrice à forte présence, particulièrement crédible en méchante, notamment comme adversaire retorse de Sherlock Holmes dans La femme aux araignées (Roy William Neill, 1944), c’est assez rafraichissant de la voir, pour une fois jouer une gentille. Malheureusement pour elle, en 1949 elle sera blacklistée et ne reviendra devant la caméra qu’en 1969. C’est assez inhabituel de voir le squelettique Carradine composer un dur à cuire n’hésitant pas à jouer du poing, mais il s’en tire assez bien. Prêt à partager le butin, son Mike Clancy est bien moins pourri que son comparse Jack Burke interprété par Frank Fenton, qui lui n’a pas envie de diviser l’argent. L’association de leurs ennemis Krogan et Pacific n’est guère plus solide, chacun désirant duper l’autre une fois la main mise sur l’or.