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Le pirate de Capri
LE PIRATE DE CAPRI
D’Edgar G. Ulmer
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Naples en 1798, le Baron Von Holstein (Massimo Serato) dirige les affaires de la reine Maria Carolina (Binnie Barnes) d’une main de fer au profit de l’aristocratie, tandis que la révolution gronde dans le peuple. Le jour, le Comte Amalfi (Louis Hayward) est le favori de la reine qui l’apprécie pour son esprit léger. La nuit il revêt le masque du capitaine Sirocco, un justicier masqué, qui s’en prend à la couronne et s’empare de ses richesses. Face à la répression cruelle de Von Holstein, Sirocco va devoir lever une armée révolutionnaire.



POINT DE VUE

Louis HaywardCinéaste d’origine autrichienne, Edgar G. Ulmer a vraiment eu une carrière singulière. Il travaille pour Friedrich Wilhelm Murnau des années 20 jusqu’à Tabou (1931), dans ses équipes artistiques ou à la production. Comme réalisateur, il fait de nombreux allers-retours entre l’Allemagne et les Etats-Unis, en mettant généralement en scène des films à budgets très limités. En particulier de 1943 à 1946, pour le compte de la Producers Releasing Corporation (PRC), studio spécialisé dans les productions très bon marché, Ulmer réalise plusieurs films en faisant pour le mieux avec peu d’argent. Ses thrillers Barbe bleue (1944) et Détour (1945) convainquent par de vraies qualités de mise en scène faisant oublier la pauvreté des moyens, en revanche, L’île des péchés oubliés (1943), piètre aventure exotique, souffre de la pauvreté de ses décors et du côté poussif de son scénario.

A partir de 1946, Ulmer a l’opportunité de tourner des œuvres produites avec plus de moyens qu’à l’accoutumée, comme Le démon de la chair (1946), L’impitoyable (1948) aux Etats-Unis et Le pirate de Capri en Italie. Ce dernier s’avère une histoire de pirates tout à fait recommandable. Le scénario s’est fortement inspiré de Le signe de Zorro (Rouben Mamoulian, 1940), avec son personnage à double personnalité, jouant d’un côté un noble efféminé pour mieux cacher ses activités en tant que vengeur masqué. Révolté par la mort de son frère tué par les autorités, Amalfi dont la fine lame est redoutable, prend la tête de la résistance face à l’oppression représentée par le cruel Baron Von Holstein. Le film puise aussi dans les films de pirates de Michael Curtiz Capitaine Blood (1935) et L’aigle des mers (1940) en montrant un héros des mers luttant contre l’autorité. Si Le pirate de Capri n’a pas le souffle des métrages précités, il faut reconnaître que jamais il ne donne l’impression d’être au rabais. Il contient une belle poursuite sur les toits de Naples et l’inévitable duel final entre les représentants du bien et du mal, sans égaler celui de Scaramouche (George Sidney, 1952), déploie un plaisant dynamisme.

Mariella LottiL’interprétation tire Le pirate de Capri vers le haut. L’acteur Louis Hayward, qui travaillera de nouveau avec Ulmer dans Le démon de la chair et L’impitoyable, semble très à l’aise dans le rôle principal. En Amalfi, il trouve le ton juste en évitant de verser dans la caricature, tandis qu’il est aussi crédible en renégat masqué. Son personnage tire parti de sa dualité en s’amusant à séduire, sous le masque de Sirocco, la fiancée qui est promise… à Amalfi ! L’italienne Mariella Lotti, jouant la jeune Mercedes Villalta Lopez, contrainte par la Reine à un mariage forcé avec Amalfi, s’acquitte avec grâce d’un rôle quelque peu effacé. Fort heureusement Mercedes réalise assez vite qu’Amalfi n’est pas le freluquet emprunté qu’il paraît être, mais le combattant d’une noble cause, ce qui nous épargne bien des scènes pénibles et convenues. Binnie Barnes, incarnant Maria Carolina, la reine mal entourée qui a pour tort de fermer les yeux sur les mauvais traitements réservés à son peuple, n’est pas une inconnue dans l’univers des films de pirates. Dans Pavillon noir (Frank Borzage, 1945), c’était elle dans la peau d’Anne Bonney, pirate ayant réellement sévi au 18e siècle. Quant à Massimo Serato, figure récurrente du cinéma italien vu par exemple dans l’excellent giallo Frissons d’horreur (Armando Crispino, 1975), il fait preuve d’une sobriété rafraichissante en Von Holstein, le méchant Baron avide de pouvoir, sadique au point de faire torturer sans sourciller une femme par ses sbires pour qu’elle indique où se trouve le repaire des révoltés. Évidemment, il sera puni pour ses actes odieux, bien fait !