Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

L'anticristo
L’ANTÉCHRIST
D’Alberto De Martino
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : A la suite d’un accident de voiture dans lequel sa mère a trouvé la mort, l’aristocrate Ippolita Oderisi (Carla Gravina) a perdu l’usage de ses jambes. Dans l’espoir de guérir, elle se rend avec son père Massimo (Mel Ferrer) dans un sanctuaire, non seulement aucun miracle ne se produit pour elle, mais elle assiste au suicide d’un communiant possédé. Une séance d’hypnose conduite par le Dr. Marcello Sinibaldi (Umberto Orsini), visant à découvrir les raisons psychologiques de la paralysie d’Ippolita, révèle en elle la présence d’une ancêtre brûlée pour sorcellerie. Petit à petit, le démon s’empare d’elle, en la transformant en une femme débordante de luxure et de violence, tout en l’altérant physiquement. Après l’échec d’un premier exorcisme, Massimo demande à son frère l’évêque Ascanio Oderisi (Arthur Kennedy) d’intervenir.



POINT DE VUE

Carla Gravina au réveilDans son ouvrage Dictionnaire du cinéma – Les réalisateurs (éditions Robert Laffont, 1992), Jean Tulard jugeait assez sévèrement l’œuvre d’Alberto De Martino : « Il reprend toutes les recettes des succès précédents pour en faire des sous-produits qui rendent bien au box-office. » Il est vrai que la filmographie de De Martino regorge de films de genre qui attiraient le public de l’époque : le peplum avec Persée l’invincible (1963), le gothique avec Le manoir de la terreur (1963), le western spaghetti avec Django tire le premier (1966), le film d’espionnage avec Opération frère cadet (1967), interprété par Neil Connery, frère de Sean, un sous Parrain avec Le conseiller (1973), un sous Exorciste avec L’antéchrist (1974), un sous Damien la malédiction avec Holocauste 2000 (1977), et un sous Superman avec le lamentable L’incroyable homme puma (1980). Pourtant, ce serait une erreur de croire que ces films ne sont que des ersatz sans originalité, réalisés par un bon faiseur. C’est un fait, L’antéchrist doit beaucoup à L’exorciste (William Friedkin, 1973), dont il reprend de nombreux passages obligés, mais on ne peut pas le réduire à un simple copier-coller.

En effet, le savoir-faire évident de De Martino fait de L’antéchrist un spectacle très inspiré, avec un scénario développant de multiples thèmes (culpabilité, possession, réincarnation, frustration sexuelle, inceste) et une construction habile avec sa première séquence préfigurant le final. Son ambiance délétère où la foi est mise à mal est assez proche de celle développée quelques années plus tard dans Holocauste 2000, avec des scènes assez réalistes proches du documentaire. A ce sujet, la procession liturgique au début de L’antéchrist, durant laquelle des familles pieuses forcent des malades à toucher une statue de la vierge, dans l’espoir d’une guérison miraculeuse, est tout aussi inquiétante que la visite de l’asile d’aliénés d’Holocauste 2000. Autre point commun entre les deux films, alors que dans le premier Ippolita est engrossée par le diable et doit donner naissance à l’antéchrist, Kirk Douglas réalise avec horreur que son fils n’est autre que l’antéchrist dans le second !

Mel Ferrer en père inquietCertes les effets spéciaux ont plutôt mal vieilli (la chute du dément, la lévitation d’Ippolita, les effets optiques sur fond bleu pour montrer une main détachée de son corps), mais c’est sans compter sur bon nombre de séquences très efficaces, comme la procession précitée, la séduction vénéneuse d’un touriste adolescent par Ippolita dans les catacombes de Saint-Calixte, mais aussi le flash-back montrant une messe noire et surtout le premier exorcisme raté d’Ippolita par un pseudo-guérisseur, en totale rupture de ton, traité de façon humoristique (l’exorciste ferme les fenêtres, le démon s’empresse de les rouvrir sans bouger de sa chaise, puis détache un des ses bras pour étrangler le malheureux, avant de lui faire siroter un petit peu de dégueulis couleur épinard).

On ne peut que louer la musique discrète d’Ennio Morricone et Bruno Nicolai qui ne cherchent jamais à plagier celle de L’exorciste et la photographie impeccable de Joe D’Amato, mettant en valeur les monuments de Rome comme le Colisée où certaines scènes ont été tournées. Les décors contribuent également à l’atmosphère pesante du long-métrage, notamment la singulière galerie de statues menant à la chambre d’Ippolita. Insérée dans chacun des murs, une demi-douzaine de bustes regarde dans différentes directions, en semblant s’intéresser au sort de la jeune femme. L’effet est saisissant.