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Belle Starr
THE BELLE STARR STORY
De Piero Cristofani et Lina Wertmüller
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : La belle rousse Belle Starr (Elsa Martinelli) joue une partie de poker avec le bandit Larry Blackie (George Eastman). Ayant tout perdu, elle lui cède une nuit d’amour. Belle Starr se révèle être elle aussi une hors-la-loi, à qui Blackie propose de participer à un vol de diamants. Mais Belle, répugnant à l’idée d’être sous les ordres d’un homme, préfère doubler Blackie en entreprenant de voler le butin avant lui.



POINT DE VUE

Elsa MartinelliThe Belle Starr Story s’inspire de la vie de hors-la-loi d’une femme ayant vraiment existé au 19e siècle, sans pour autant chercher à relater avec véracité son histoire. Le film est commencé en Yougoslavie par Piero Cristofani, assistant-réalisateur dont ce sera le seul essai à la réalisation, peut-être handicapé par son manque d’expérience puisque il cède rapidement la place à Lina Wertmüller, qui mettra en scène par la suite plusieurs comédies sociales assez grinçantes, comme Mimi métallo blessé dans son honneur (1972) et Chacun à son poste et rien ne va (1974). Dans un univers habituellement très masculin, nous sommes donc en présence d’un western dont le personnage principal est une femme, réalisé par une femme. Le résultat est loin d’être inintéressant, à défaut d’être révolutionnaire. L’action a du mal à arriver après une longue scène introductive de poker dans un saloon, puis un flashback nous racontant le passé de l’héroïne, avant que le récit n’accélère enfin avec le vol des diamants confrontant les amants.

Dans leur ouvrage 50 Ans de Cinéma Américain (Omnibus, 1995), Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier rappelaient qu’Howard Hawks en personne conseillait à son collègue Jean Negulesco « change le sexe des personnages, c’est la clé ». Cette phrase s’applique parfaitement à The Belle Starr Story, dans lequel les rôles masculin/féminin sont inversés ou nettement moins définis que dans les autres films de cette époque. En habit de cuir, Belle Starr manie les armes, se bat comme les bandits masculins vus dans de multiples westerns, tandis que Larry Blackie, plus en retrait, est davantage un objet de désir inaccessible, impeccablement mis en valeur par ses costumes sur mesure. Il se retrouve même à un moment, le corps érotisé, à la place de la demoiselle en détresse, ne devant son salut qu’à l’aide de Belle Starr venant le délivrer.

George EastmanElsa Martinelli, autrefois superbe indienne dans le mémorable western La rivière de nos amours (André De Toth, 1955), incarne un personnage tragique qui a dû fuir son père violent qui voulait la marier de force à un vieux barbon pour assurer ses ambitions politiques. Dégoutée par la gent masculine, elle décide de gagner sa vie par les armes sans jamais s’en laisser compter par aucun homme. Se joint à elle l’indienne Jessica (Francesca Righini), partageant le même état d’esprit, après avoir dû repousser les constantes avances du propre père de Belle Starr. Seulement voilà, après avoir fait un bout de chemin sur la voie du banditisme avec Cole Harvey (Robert Woods), un ami d’enfance, Belle Starr croise la route de Larry Blackie, joué par George Eastman, colosse du cinéma italien connu notamment pour ses compositions assez dérangeantes dans les films d’horreur de Joe D’amato Anthropophagous (1980) et Horrible (1981). Blackie est une espèce d’alter ego goguenard de Belle, ce qui la perturbe au plus haut point. Se nouent alors entre eux des rapports d’amour/haine, d’attirance/répulsion qui font le sel du long-métrage. Mais alors que Jessica sera définitivement confortée dans l’idée que les mâles n’apportent rien de bon, ce ne sera pas aussi tranché pour Belle Starr, la fin ouverte laissant à penser que Belle et Blackie, s’ils ne peuvent pas vivre ensemble seront certainement amenés à se recroiser. « Jamais avec toi, jamais sans toi », disait-on dans La femme d’à côté (François Truffaut, 1981).