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Tower of Evil
LA TOUR DU DIABLE
De Jim O’Connolly
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Accostant sur l’île de Snape Island, au large de l’Ecosse, les pêcheurs Hamp (Jack Watson) et John (George Coulouris) découvrent les corps de trois jeunes gens sauvagement assassinés, au pied du phare. Penelope Reed (Candace Glendenning), l’unique survivante de ce drame, dans un état second, poignarde mortellement John avant d’être assommée par Hamp. Internée dans un hôpital psychiatrique, elle est suivie par le Dr. Simpson (Anthony Valentine) qui cherche à la sortir de son état catatonique, pour comprendre ce qui s’est passé sur l’île. Pendant ce temps, une expédition est organisée afin de chercher un fabuleux trésor phénicien, censé se trouver dans les grottes de Snape Island. Accompagnée par Hamp qui la transporte dans son bateau, l’équipe se compose d’Evan Brent (Bryant Haliday), détective chargé par les parents de Penelope Reed d’enquêter sur les meurtres, de Rose Mason (Jill Haworth), spécialiste de la culture phénicienne, d’Adam Masters (Mark Edwards), ancien amant de Rose, de Dan Winthrop (Derek Fowlds) et de son épouse nymphomane Nora Winthrop (Anna Palk) qui a des vues sur le marin Brom (Gary Hamilton). Les chasseurs de trésor réalisent vite qu’ils ne sont pas seuls sur l’île…



POINT DE VUE

Candace GlendenningLa tour du diable est une très sympathique production de Richard Gordon (1925-2011), un Anglais s’étant installé aux Etats-Unis à la fin des années 40 pour y distribuer des films européens, au besoin en les doublant pour éviter un sous-titrage au public américain, comme ce sera le cas pour Le manoir maudit (Antonio Boccaci, 1963) et La nuit des vampires (Ákos Ráthonyi, 1964). Le film est réalisé par Jim O’Connolly, auteur notamment d’une très bonne aventure du Saint (Roger Moore) intitulée Vendetta pour le Saint (1969) et d’un plaisant film d’aventure, La vallée de Gwangi (1969), confrontant des cowboys à un Tyrannosaurus Rex, grâce à la magie des effets spéciaux animés image par image de Ray Harryhausen. O’Connolly est également auteur du scénario, le producteur n’ayant pas été convaincu par la première mouture signée George Baxt, considérée trop fantaisiste.

La tour du diable est intéressant en ce qu’il combine des éléments déjà présents dans le cinéma du passé, avec ce qui deviendra ensuite monnaie courante dans les films d’épouvante des années 70 et suivantes. En effet, avec ses personnages isolés sur une île, perdant la vie l’un après l’autre, l’intrigue puise son inspiration dans le roman d’Agatha Christie Dix petits nègres, adapté à l’écran en 1945 par René Clair puis en 1965 par George Pollock. Mais avec ses secrets familiaux, son tueur dégénéré et ses attaques sanglantes, le métrage de Jim O’Connolly préfigure de nombreux films de genre comme La colline a des yeux (Wes Craven, 1977), Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980), en passant par Anthropophagous (Joe D’Amato, 1980) et Horrible (Joe D’Amato, 1981).

Jill HaworthParmi les défauts, on déplorera l’aspect carton-pâte des décors, la quasi-totalité de La tour du diable ayant été tournée en studio. De plus, le tueur a une fâcheuse tendance à ressembler au ’It’s’ Man, le barbu dépenaillé joué par Michael Palin dans le générique de la série comique Monty Python’s Flying Circus (1969-1974), le potentiel d’effroi en prend donc un sérieux coup. En revanche, l’interprétation est au-dessus de bien des slashers du même type. Parmi les hommes, on remarque dans un rôle somme toute très réduit Bryant Haliday, autrefois très inquiétant magicien dans La poupée diabolique (Lindsay Shonteff, 1964), autre production de Richard Gordon. Jack Watson, vu de nombreuses fois en vieille ganache, par exemple dans La colline des hommes perdus (Sidney Lumet, 1965) et Les oies sauvages (Andrew V. McLaglen, 1978), compose un marin sinistre, en sachant plus qu’il ne veut le dire, faisant même un moment douter de ses intentions lorsqu’il se retrouve seul avec Rose Mason. Cette dernière est incarnée par Jill Haworth, dont la blondeur marquait la fresque historique Exodus (Otto Preminger, 1960). Mais c’est surtout Anna Palk qui retient l’attention en femme libérée sans états d’âme. A son sujet, fort curieusement, le doublage français est édulcoré par rapport à la version originale. Lors d’une conversation entre Adam et Nora, celle-ci s’exclame « la masturbation est si ennuyeuse », qui se transforme avec bien moins d’impact en « j’avais envie d’un peu de tendresse » dans la version doublée.