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Devil Doll
LA POUPÉE DIABOLIQUE
De Lindsay Shonteff
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : A Londres, le journaliste Mark English (William Sylvester) et sa fortunée fiancée Marianne Horn (Yvonne Romain) vont assister au spectacle du grand Vorelli (Bryant Haliday), marionnettiste et hypnotiseur. Marianne est choisie pour un numéro de magie. Quelques jours après, elle tombe dans un état comateux. Mark entreprend alors une enquête auprès de ce mystérieux personnage. D’autant plus qu’à la fin du spectacle, il s’est aperçu que la marionnette, Hugo, saluait le public, sans aucun fil…



POINT DE VUE

Hugo, la poupée diaboliqueLe thème du ventriloque et de sa marionnette dotée d’une vie propre a donné lieu à d’indéniables réussites au cinéma et à la télévision. Dans le film à sketches Au cœur de la nuit (1945), Alberto Cavalcanti a mis en scène le segment The Ventriloquist’s Dummy, dans lequel Michael Redgrave, au bord de la folie, était aux prises avec son effrayante poupée, tout comme le sera plus tard Cliff Robertson dans l’excellent épisode The Dummy, de La quatrième dimension (1959-1964). La poupée diabolique est une petite réussite dans la droite ligne des œuvres précitées, à la différence près que cette fois c’est la poupée qui est martyrisée par son maître ! L’un de ses producteurs exécutifs n’est autre Richard Gordon, Anglais s’étant installé aux Etats-Unis à la fin des années 40 pour y distribuer des films européens, au besoin en les doublant pour épargner un sous-titrage au public américain préférant les films dans sa langue, comme ce sera le cas pour la sortie en salles de l’italien Le manoir maudit (Antonio Boccaci, 1963) et l’allemand La nuit des vampires (Ákos Ráthonyi, 1964). C’est certainement l’un des meilleurs longs-métrages de Lindsay Shonteff, abonné aux petits budgets, dont on retiendra Adieu canaille (1979), film parodique d’espionnage dans lequel Gareth Hunt se retrouvait à un moment attaqué par une danseuse faisant tournoyer des lames de rasoir au bout de ses tétons, Hunt n’avait pour se protéger qu’une chaise en bois, réduite en sciure, au fur et à mesure de l’avancée de l’ennemie.

La poupée diabolique doit beaucoup a l’interprétation inquiétante de Bryant Haliday, dans le rôle de l’hypnotiseur ventriloque Vorelli. L’acteur américain, déjà bien occupé par sa compagnie théâtrale et sa compagnie de distribution aux Etats-Unis de films étrangers, aura une courte carrière au cinéma, travaillant en majeure partie dans les productions de Richard Gordon, dont La tour du diable (Jim O’Connolly, 1972), où cette fois-ci il était du côté du bien. Spoiler ! Son Vorelli est un franc scélérat qui, à l’instar de Jean Marais dans la série Joseph Balsamo (André Hunebelle, 1973), hypnotise une femme pour se faire aimer d’elle. Son but est de l’épouser, vu qu’elle est fortunée, pour ensuite l’éliminer et rafler l’argent. La manière dont Vorelli veut se débarrasser de ladite héritière est particulièrement retors, puisqu’il veut transférer son âme dans une poupée de bois, comme il l’avait fait 15 ans auparavant avec son assistant, devenu son souffre-douleur dans le corps de la marionnette Hugo. Marianne, la belle en péril, est incarnée par l‘anglaise Yvonne Romain, vue dans La nuit du loup-garou (Terence Fisher, 1961) et auprès d’Elvis Presley dans Croisière surprise (Norman Taurog, 1967). Elle ne devra pas compter sur son fiancé Mark English pour l’aider. En effet, le journaliste joué par William Sylvester, vu dans 2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) s’avérera des plus ineptes. Certes il se rend bien compte que la cause de l’état hypnotique de Marianne est dû au fait de Vorelli, mais il ne fera rien de concret pour briser le sort pesant sur elle. Pire il acceptera sans broncher la rupture de ses fiançailles, annoncée par Marianne sous l’emprise du vil magicien ! En vérité, le vrai héros de La poupée diabolique, c’est Hugo la marionnette et le final l’opposant à Vorelli, qui n’est pas sans évoquer Scanners (David Cronenberg, 1981) est franchement original.

Bryant HalidayIl existe plusieurs versions de La poupée diabolique, une version Soft (sans nudité) exploitée dans les salles américaines et une version Hot (avec quelques seins à l’air) exploitée en Europe. La seconde montre notamment un numéro supplémentaire de Vorelli, durant lequel il invite sur scène une jeune musicienne introvertie et l’hypnotise pour qu’elle fasse un striptease devant l’auditoire. Selon les versions, les actrices sont habillées ou non, lors d’une scène où Magda (Sandra Dorne), l’assistante de Vorelli est endormie ou lors du passage où Mark téléphone à son confrère Bob Garret (Alan Gifford) qui se trouve dans une chambre d’hôtel avec une accorte jeune femme pudique.. ou non. Mais là où cela se complique, c’est que fort curieusement, la version présentée en France est un mélange des deux versions, si elle ne contient pas (hélas) la scène de striptease, ni la version topless de la discussion dans l’hôtel, elle propose en revanche la version découverte du passage avec Magda endormie.