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Autostop rosso sangue
LA PROIE DE L’AUTOSTOP
De Pasquale Festa Campanile
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Le journaliste raté Walter Mancini (Franco Nero) et sa femme Eve (Corinne Cléry) partent sur les routes de Californie en espérant redorer leur couple au bord de l’effondrement. Après avoir passé une nuit dans un camp de hippies, ils prennent en stop Adam Konitz (David Hess), sans savoir qu’il s’agit d’un dangereux psychopathe en cavale, cherchant autant à échapper à la police qu’à ses deux complices de braquage. Adam prend en otage les époux, en s’amusant du rapport extrêmement tendu existant entre eux. Une étrange complicité s’instaure entre les deux hommes, le tueur proposant au reporter d’écrire un livre sur ses méfaits.



Franco NeroAvec La proie de l’autostop, le réalisateur/scénariste Pasquale Festa Campanile (1927-1986) délaisse les comédies grivoises pour s’aventurer sur le territoire ô combien sordide du Rape and Revenge, ce genre cinématographique dans lequel la victime d’un viol (ou l’un de ses proches si la victime a été tuée) entreprend de se venger des agresseurs. Toutefois, Festa Campanile dépasse l’aspect exploitation pure de films tels que La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972), Le dernier train de la nuit (Aldo Lado, 1975), ou La dernière maison sur la plage (Franco Prosperi, 1978), en créant une oeuvre plus profonde que les métrages précités, avec des personnages moins manichéens. Film sur la deliquescence du couple, La proie de l’autostop peut être vu comme une version très déviante de Qui a peur de Virginia Woolf ? (Mike Nichols, 1966), se caractérisant comme une longue et pénible scène de ménage mettant le spectateur en position de voyeur comptant les points.

Franco Nero a fait des choix de carrière intéressants, en alternant constamment les films les plus obscurs comme Le moine (Adonis Kyrou, 1972) ou les succès populaires comme Django (Sergio Corbucci, 1966), ne rechignant pas à jouer des individus douteux dont la noirceur contrastait avec son physique lumineux. Dans le genre, son Walter Mancini est un beau spécimen d’ordure intégrale, sans aucune qualité rédemptrice. Tout commence durant le tournage en Allemagne du téléfilm Les 21 heures de Munich (William A. Graham, 1976), Nero est contacté par Festa Campanile lui proposant le scénario de La proie de l’autostop. Pour le rôle du psychopathe, l’acteur suggère au cinéaste de prendre David Hess, ayant un petit rôle dans le téléfilm de Graham. Ironie du sort, Hess avait joué précédemment le même type de personnage de tueur/violeur dans La dernière maison sur la gauche et le rejouera dans La maison au fond du parc (Ruggero Deodato, 1980). Pour incarner l’épouse de Nero, Festa Campanile approche Corinne Cléry, déjà forte du succès d’Histoire d’O (Just Jaeckin, 1975) et quelques années avant de devenir une James Bond Girl dans l’amusant Moonraker (Lewis Gilbert, 1979). Cléry accepte le rôle, consciente que la personnalité cultivée de Festa Campanile est une garantie de qualité. Pour des raisons budgétaires, le long-métrage est tourné en Italie, les Abruzzes et le Latium faisant office de Californie du Nord.

David HessEn combinant Road Movie et prise d’otage, La proie de l’autostop s’apparente à Cani arrabbiati (Mario Bava, 1974), tourné avant mais diffusé postérieurement et dans lequel George Eastman composait un agresseur lubrique, réfrénant difficilement ses ardeurs. Cependant, le film de Festa Campanile va plus loin que celui de Bava, en développant des thèmes encore plus dramatiques et malsains. En effet, ce qui frappe dans cette histoire, c’est la connivence qui s’instaure entre le tueur et l’écrivain, le premier proposant au second d’écrire un livre sur ses méfaits, une idée qui sera reprise dans le nettement moins glauque Pacte avec un tueur (John Flynn, 1987). Autre élément choquant, le sort réservé au personnage féminin, qui n’est pas des plus appréciables, vu qu’elle est constamment humiliée, brutalisée par son mari puis par le tueur, les deux hommes ne valant guère mieux l’un comme l’autre. Complaisant, souvent odieux, La proie de l’autostop pourrait être hâtivement considéré comme un film misogyne, mais ce n’est pas aussi tranché et ce serait sans compter sur le fait que la femme, prise en étau par deux mâles des plus abjects, est la seule qui soit vraiment sympathique et humaine. La scène du viol d’Eve par Adam donne le ton en matière d’ambiguïté, en suggérant qu’elle prend plus de plaisir avec son agresseur qu’avec son mari, une idée terrible précédemment développée dans Les chiens de paille (Sam Peckinpah, 1972), mais aussi dans l’épisode To Lay a Ghost (Ken Hannam, 1971) de la série inédite en France, Out of the Unknown (1965-1971), qui poussait le bouchon assez loin en y montrant Lesley-Ann Down excitée par la perspective d’être violéee par un fantôme !