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Charley-One-Eye
CHARLEY LE BORGNE
De Don Chaffey
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Un soldat noir (Richard Roundtree) couche avec la femme d’un officier qui les surprend au lit. Le fautif a le temps d’abattre son supérieur avant de déserter. Il s’enfuit dans le désert et prend en otage un paisible Indien boiteux (Roy Thinnes). Peu à peu, le rapport de domination se change en amitié entre les deux hommes. Malheureusement, un chasseur de primes (Nigel Davenport) retrouve le déserteur dont l’Armée a mis la tête à prix.



POINT DE VUE

Roy ThinnesDans son ouvrage Dictionnaire du cinéma – Les réalisateurs (Robert Laffond, 1992), Jean Tulard avait la dent dure vis-à-vis de la carrière du réalisateur anglais Don Chaffey : « sa célebrité ne repose que sur les merveilleux trucages de Ray Harryhausen dans Jason et les argonautes et sur la beauté savamment déshabillée par des peaux de bêtes de Raquel Welch dans Un million d’années avant J.C. » Toujours d’après Tulard, Chaffey « ne fut vraiment ambitieux qu’avec Charley le borgne (...) »

C’est une critique fort réductrice au sujet d’un cinéaste qui avait du talent à revendre, notamment lorsqu’il a dirigé l’acteur Patrick McGoohan dans plusieurs épisodes de Destination danger (1964-1966) et Le prisonnier (1967-1968), ainsi que dans le film Les trois vies de Thomasina (1963), dans lequel McGoohan s’éloignait des rôles d’homme d’action, pour composer un médecin ayant du mal à communiquer avec sa petite fille. 1973, date de Charley le borgne est une année charnière pour Chaffey puisqu’à partir de là il tournera de plus en plus en dehors de son pays et finira par ne plus travailler que pour la télévision américaine, en particulier pour les séries Drôles de dames (1976-1981), L’île fantastique (1977-1984) et Matt Houston (1982-1985).

Richard RoundtreeTourné en Espagne à Almeria, avec très peu de moyens, le méconnu western Charley le borgne est certainement le film le plus personnel de Chaffey. Sorte de déclinaison de Robinson Crusoé, dans laquelle c’est cette fois-ci un Noir qui noue progressivement un rapport d’amitié avec l’Indien qu’il tient de prime abord sous sa botte, dans une église désaffectée perdue aux confins du désert. Chaffey réussit à créer un malaise palpable, en montrant que le déserteur noir reproduit tout d’abord sur l’Indien sans défense, affublé d’un pied-bot, les brimades qu’il a lui-même constamment subi de la part des hommes blancs. Il l’appelle d’ailleurs avec mépris Boy, comme le faisaient avec condescendance les propriétaires de plantations à l’égard de leurs esclaves.

Proche d’un huis-clos théâtral, Charley le borgne est moins dans la dénonciation du racisme comme le faisait précédemment Soldat bleu (Ralph Nelson, 1970), que dans le constat amer. Le spectateur est convié à une ronde de la haine entre races dont il est difficile de s’écarter. Le soldat noir et l’estropié indien sont non seulement méprisés par les Blancs, mais aussi par les Mexicains. La fragile amitié des deux parias sera mise à mal du fait des évènements, quand le Noir sera rattrapé par son passé criminel. Témoin du traitement dégradant que le Noir finalement capturé subit de la part du violent chasseur de primes, l’Indien ne s’insurgera que lorsque l’homme blanc abattra le poulet borgne (le Charley du titre) qu’il avait pris en affection. Toute aussi pessimiste, la scène durant laquelle l’Indien tentera d’établir un contact amical avec un petit Mexicain en lui prêtant sa flute, se soldera par un échec lourd de conséquences, le gamin s’enfuyant avec l’instrument musical, pour s’empresser de prévenir ses proches de la présence des deux « sales étrangers » cachés dans l’église…