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L'ultima orgia del III Reich
LA DERNIÈRE ORGIE DU IIIÈME REICH / DES FILLES POUR LE BOURREAU
De Cesare Canevari
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la jolie Lise Cohen (Daniela Poggi) est envoyée dans un camp de concentration, uniquement peuplé de femmes juives servant à divertir les soldats allemands de retour du front. Le commandant du camp, Konrad Von Starker (Adriano Micantoni), succombe à son charme et commence à entretenir une relation de maître à esclave avec elle. Capable d’endurer la souffrance sans manifester de peur, Lise subit les jeux de domination du SS de plus en plus cruels et sadiques. Quelques années après la fin de la guerre, les deux retournent dans le camp, afin de se remémorer ainsi des souvenirs troubles et malsains.



POINT DE VUE

Maristella GrecoRéalisateur peu prolifique de seulement neuf films, Cesare Canevari a entre autres réalisé Matalo ! (1970), un singulier western avec des bandits à l’apparence de hippies, ainsi que Parties déchaînées (1976), drame érotique avec l’actrice transsexuelle Ajita Wilson, avant de s’essayer à un tout autre univers avec La dernière orgie du IIIème Reich, appelé aussi Des filles pour le bourreau. Appartenant au sous-genre Nazisploitation (femmes nues + sévices + uniformes nazis) ayant rencontré un certain succès dans les années 70, notamment en Italie, le long-métrage de Canevari est fortement influencé par Portier de nuit (Liliana Cavani, 1974). Dans les deux cas, il est question des rapports très troubles, pendant et après-guerre, entre un bourreau SS et sa prisonnière dans un camp de concentration ; la fille d’un socialiste dans le Cavani, une jeune femme juive dans le Canevari. Depuis le personnage marquant de gardienne de camp sadique créée par Dyanne Thorne dans Ilsa la louve (Don Edmonds, 1975), tout film de Nazisploitation qui se respecte doit contenir ce genre de monstresse comme figure obligée, ce qui est le cas de La dernière orgie du IIIème Reich, avec la commandante gestapiste Alma (Maristella Greco). N’ayant rien à envier à Ilsa en matière de cruauté, Alma n’hésite pas à jeter en pâture à ses chiens affamés une captive ayant ses règles, où même à enfoncer sa cravache (à sec) dans le fondement d’un Commandant Starker (consentant), avec qui elle entretient une relation sado-masochiste.

Mais surtout, La dernière orgie du IIIème Reich doit beaucoup au glauquissime et fangeux Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975), mémorable pour ses scènes de dégradation du corps et de l’esprit. Canevari joue donc à fond, lors de la première heure, sur l’aspect exploitation de son film, en offrant aux spectateurs un bel éventail de séquences-chocs constituées des divers sévices infligés par les soldats pervers du Reich à leurs victimes féminines du camp-bordel. A condition d’avoir l’estomac solide, le menu se compose de viols et autres abominations en tout genre, comme un banquet cannibale ; une fille évanouie aspergée d’alcool dans un plat géant qui est ensuite immolée, ou l’héroïne suspendue nue la tête à l’envers au-dessus d’une cage remplie de rats, ou encore le sort de filles entièrement dévêtues elles-aussi, jetées dans une fosse remplie de chaux vive. Le Commandant du camp et sa clique sont évidemment dépeints comme des dégénérés, en particulier lors d’une scène assez parlante. Starker accueille une dizaine de soldats nus, en attente de participer à un viol de prisonnières. Dans un esprit didactique, il leur montre au préalable des diapositives, censées mettre en évidence la supériorité des Allemands par rapport aux femmes internées (images d’une fille affamée des jours durant, mangeant comme un animal sans broncher, alors qu’elle se fait saillir par un soudard, puis celles d’une détenue folle réduite à la coprophagie). Mais au lieu de rebuter l’auditoire, le spectacle a l’effet inverse de l’exciter, témoignant en celà des penchants déviants des militaires supposés être l’élite du Reich !

Adriano MicantoniBien qu’allier nazisme et érotisme est sans conteste très putassier, Canevari est loin d’être un tâcheron ne voulant miser que sur le sensationnalisme de son sujet. Après les excès de la première partie du métrage, il choisit d’orienter son histoire vers un drame plus traditionnel, en se concentrant sur le lien entre Conrad Von Starker (Adriano Micantoni) et Lise Cohen (Daniela Poggi). Le militaire entreprend d’humilier la détenue qui le trouble par son comportement détaché. Il s’efforce de lui faire ressentir de la peur, d’où naîtra un désir de vivre. Seulement alors il sera temps de la tuer. Lise arrive au camp de Naugen morte à l’intérieur, se sentant responsable du décès de ses parents et son jeune frère, arrêtés par la Gestapo avant d’avoir pu fuir en Suisse. Elle encaisse donc les supplices sans manifester d’émotion. Mais lorsque le Capitaine König (Fulvio Ricciardi), médecin du camp hostile au régime nazi, lui apprend qu’elle n’aurait pu éviter l’arrestation qui était en fait la cause de la dénonciation d’un prêtre, son envie de vivre, ou plutôt de survivre, reprend le dessus. Dans une certaine mesure, l’officier nazi Starker s’humanise progressivement tandis que Lise suit un cheminement inverse. En effet, Starker se met à aimer sincèrement Lise, cesse de la tortuer et se débarrassera d’Alma plutôt que d’avoir à éliminer Lise. En revanche, Lise, une fois recouvrée sa volonté de vivre, battra froid au Capitaine König, qui l’avait pourtant aidée et avec qui elle avait tendrement fait l’amour lors d’une scène sirupeuse, en contraste total avec le reste du métrage. Pire, elle regardera sans broncher son amie Lea se faire abattre par les gardiens du camp, au lieu de plaider en sa faveur auprès de Starker.

La dernière orgie du IIIème Reich s’efforce d’éviter le manichéisme, en présentant des Allemands désapprouvant les exactions des nazis, que ce soit König, le médecin précité ou même un jeune gardien de camp, épris de Lea. A un moment les propos de König servent même d’alibi moralisateur aux débordements de la première partie, puisqu’on l’entend dire à Lise : « Les gens comme Konrad représentent le dernier espoir de l’Allemagne. Pourtant ils sont le mal. Mais un jour, dans les décombres de l’Allemagne nazie, la paix se construira. Les atrocités passées serviront d’avertissement pour maintenir la paix. »