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Coffret La guerre des robots
THE CREATION OF THE HUMANOIDS
De Wesley Barry
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Après une guerre atomique, 92% de la race humaine ont été dévastés, victimes des bombardements et des radiations. Les rescapés, au taux de natalité inférieur à 1.4, se lancent dans l’automatisation robotique pour reconstruire les villes et garder un niveau de vie élevé. Progressivement, l’humanité infertile s’amenuise, en voyant comme une menace les androïdes qu’elle a créés. Ces derniers, appelés péjorativement les « Cliqueurs » par leurs créateurs, préparent un plan révolutionnaire pour préserver la vie sur la planète ; un projet passant nécessairement par une entente entre homme et machine.



POINT DE VUE

Don MegowanDécembre 2016 marque la sortie par Artus Films du coffret La guerre des robots. L’un des DVD contient Le maître du monde (Lee Sholem, 1954) et The Creation of the Humanoids (Wesley Barry, 1962), tandis que sur l’autre se trouve Target Earth (Sherman A. Rose, 1954) et Cyborg 2087 (Franklin Adreon, 1966).

Réalisé par Wesley Barry, qui a surtout œuvré comme acteur puis assistant à la réalisation, The Creation of the Humanoids démarre un peu comme le fascinant porno arty Cafe Flesh (Stephen Sayadian, 1982). Une voix-off nous explique qu’après le « baiser nucléaire », la quasi-totalité de l’humanité a été dévastée. Mais alors que dans Cafe Flesh, le monde se retrouvait divisé en deux catégories d’humains, ceux ne pouvant plus faire l’amour, condamnés à regarder sur la scène d’un cabaret les performances sexuelles de ceux pouvant toujours en faire, le film de Barry oppose la race humaine déclinante à des androïdes s’affirmant de plus en plus comme les hommes de demain.

Ainsi, deux clans s’affrontent, les hommes ont fondé le « comité de surveillance de l’ordre de chair et de sang » s’efforçant de défendre bec et ongles les droits de la race humaine, tandis que les robots (ou plutôt les androïdes, vu qu’ils ont une apparence humaine) se regroupent dans un « comité des robots pour la sauvegarde de l’humanité », aux objectifs plus fédérateurs. Ayant réussi à dépasser la barrière homme/machine, les androïdes ont réussi à se perfectionner eux-mêmes et concevoir des prototypes plus évolués, capables d’émotions, envoyés comme espions parmi les hommes. Toutefois leur but n’est pas de détruire ceux qu’ils ne voient pas comme des ennemis. Le fait que les uniformes des membres du « comité de surveillance de l’ordre de chair et de sang » évoque celui des soldats confédérés de la guerre de Sécession n’est pas anodin, le mépris affiché à l’encontre des « Cliqueurs » évoquant forcément le racisme envers les noirs éprouvé par les opposants à l’abolitionnisme.

George MilanPour être honnête, on s’attend au pire lorsque débute le film ; les décors sont minimalistes, la mise en scène statique donnant l’impression de voir une pièce filmée, avec des idées débattues par les personnages antagonistes très bavards. Pourtant, force est de constater que l’on se laisse prendre par l’intrigue. Il ne s’agit aucunement ici de science-fiction trépidante, The Creation of the Humanoids étant totalement dépourvu de scènes d’action, mais d’une œuvre incitant à la réflexion. Indéniablement en avance sur son temps, le long-métrage surprend par son développement de thèmes intéressants, qui seront repris bien plus tard au cinéma dans Mondwest (Michael Crichton, 1973), Blade Runner (Ridley Scott, 1982), ainsi que dans les séries télévisées plus récentes Real Humans (2012) et Westworld (2016).

Cragis (Don Megowan) déteste les « Cliqueurs » et tente de persuader sa sœur Esme (Frances McCann) de renoncer à son union avec l’un d’eux, ce qui donne lieu à une réflexion sur la possibilité d’aimer un être qui, sans être humain, manifeste des émotions, des pensées personnelles.  !Spoilers ! Bourré de préjugés, Cragis devra évoluer en méditant sur ce qui définit l’humanité, lorsqu’il réalisera que les androïdes, prévoyant que la race des hommes va s’éteindre, ont commencé à transférer l’essence des mourants dans de nouveaux modèles de machines, en leur permettant ainsi de ressusciter avec tous leurs souvenirs. A terme, les modèles R-100 seront capables de se reproduire, scellant définitivement la fusion entre genre humain et robots. A l’instar du shérif Dan Gillis (James Farentino) de Réincarnations (Gary Sherman, 1981), Cragis devra même encaisser le fait qu’il n’est déjà plus tout à fait celui qu’il pensait être…