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Grave of the Vampire
GRAVE OF THE VAMPIRE
De John Hayes
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Paul (Jay Scott) ne trouve pas d’endroit plus romantique qu’un cimetière pour proposer à Leslie (Kitty Vallacher) de l’épouser. Malheureusement le couple réveille Caleb Croft (Michael Pataki), un vampire en sommeil dans sa tombe depuis trois ans. Croft tue Paul et viole Leslie avant de s’enfuir. Hospitalisée, Kitty apprend qu’elle est enceinte. Elle croit d’abord porter l’enfant de Paul, mais réalise qu’il est de Croft. Refusant d’avorter, elle accouche et nourrit le bébé de son propre sang, seul aliment qu’il tolère. Kitty meurt usée avant l’âge et son fils James Eastman (William Smith), devenu adulte, jure de rechercher son géniteur pour le punir de ses crimes. Il retrouve sa trace dans une université, où Croft donne des cours du soir en mythologie et occultisme. James s’inscrit aux cours où il côtoie Anita Jacoby (Diane Holden), brune extravertie passionnée de magie noire et Anne Arthur (Lyn Peters), blonde réservée professeur de littérature. Croft a des vues sur Anne, ressemblant de façon frappante à sa défunte femme, brûlée pour vampirisme au 19e siècle. La confrontation entre James et son père indigne est inévitable.



POINT DE VUE

Michael PatakiJohn Hayes a beaucoup œuvré dans l’exploitation en tournant des films érotiques, pornographiques, mais aussi fantastiques, comme Garden of the Dead (1972), End of the World (1977) et Grave of the Vampire. Ce dernier s’apparente à plusieurs productions à petit budget du début des années 70, ayant pour thème le vampirisme : Count Yorga, Vampire (Bob Kelljan, 1970), The Return of Count Yorga (Bob Kelljan, 1971), The Velvet Vampire (Stephanie Rothman, 1971), Blacula (William Crain, 1971) et Scream Blacula Scream (Bob Kelljan, 1973). Le ton est sérieux, éloigné de la parodie, avec une ambiance assez malsaine et tout comme le précité Count Yorga, Vampire, la fin réserve un twist bien inspiré.

Excepté un gros problème de transition (l’histoire est censée se passer à la fin des années 30 puis dans les années 70, mais faute de moyens, toute l’intrigue semble se passer pendant la période la plus récente), Grave of the Vampire est paré de nombreuses qualités. L’une d’elles est de proposer une singulière représentation de la famille. Le vampire composé par Michael Pataki, acteur ayant souvent collaboré avec John Hayes, évite le ridicule et fait froid dans le dos. Comme le suceur de sang dans Les Nuits de Dracula (Jesús Franco, 1971) et Dracula (Francis Ford Coppola, 1992), Caleb Croft commence son périple avec un aspect momifié en se régénérant au fur et à mesure que croît le nombre de ses victimes. Mais ce qui le rend original, c’est que son modus operandi le rapproche des serials killers. Croft tue brutalement sa proie (en lui brisant la colonne vertébrale ou les cervicales, en ayant recours à un piolet ou un couteau) avant de se repaître de son sang. Machine à tuer, il n’est pourtant pas tout à fait dénué de sentiments, puisqu’il aspire à retrouver son épouse morte au 19e siècle, en trouvant un nouveau réceptacle à son âme, en la personne d’une femme ayant la malchance de lui ressembler physiquement.

Lyn PetersKitty Vallacher incarne une femme violée par Croft, se retrouvant ensuite enceinte de lui. Acceptant de garder et élever son enfant anormal, elle sera contrainte de se « saigner aux quatre veines » (au sens propre plus qu’au sens figuré), puisque le bébé devra boire le sang de sa mère pour vivre. Le rejeton adulte est interprété par l’imposant William Smith, vétéran habitué aux rôles de méchants, pour une fois dans le rôle du gentil. A l’instar de Blade, James Eastman est un hybride, mi-homme mi-vampire, refusant de suivre la voie du sang. Dommage que Grave of the Vampire n’exploite pas davantage ce concept qui aurait pu être spectaculaire.

Le scénario de Grave of the Vampire est dû à la plume de David Chase, auteur de plusieurs épisodes de la série hélas bien trop répétitive Kolchak : The Night Stalker (1974-1975), qui suivait les aventures d’un journaliste traquant le surnaturel, sans jamais pouvoir le prouver au grand jour. Le film de John Hayes fait parfois penser à ce que serait une incursion dans le genre horrifique d’Éric Rohmer, si friand d’entrelacements sentimentaux. En effet, le métrage décrit une sorte de ronde amoureuse : la brune délurée jouée par Diane Holden tente sa chance auprès de James, avant de se rabattre sur son père, dont elle démasque le statut de vampire. Elle propose même à Croft de faire d’elle une vampire, afin de devenir sa compagne pour l’éternité. Mais James, tout comme Croft, lui préfère la moins entreprenante blonde Anne Arthur. L’un l’aime pour ce qu’elle est, l’autre pour ce qu’elle pourrait être, à savoir un corps pour accueillir l’âme de sa femme Sarah, au cours d’une séance de spiritisme ! Grave of the Vampire n’aura à sa sortie qu’un succès très modéré. Il faudra attendre 5 ans avant de le voir dans les salles françaises en 1977, rebaptisé de façon consternante Bébé vampire. En 1981, l’édition VHS aura un titre encore plus à côté de la plaque, mensonger de surcroit : Les enfants de Frankenstein !