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Ghost Story
GHOST STORY
De John Irvin
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : A Milburn en Nouvelle Angleterre, The Chowder Society est club très sélect fondé par quatre notables (Fred Astaire, Melvyn Douglas, Douglas Fairbanks Jr. et John Houseman), se réunissant périodiquement pour se raconter des histoires de fantômes. Après la mort inexpliquée de l’un d’eux, les survivants prennent conscience qu’ils sont peut-être rattrapés par un drame auquel ils avaient été mêlés dans leur jeunesse, du temps où ils fréquentaient la mystérieuse Eva Galli (Alice Krige). Serait-elle revenue les hanter ?



POINT DE VUE (attention : le texte contient des spoilers concernant le roman et le film)

Alice Krige / Alma MobleyEn 1979, Peter Straub publie Ghost Story (rebaptisé en français Le fantôme de Milburn), roman dense de presque 600 pages, dans lequel une femme fatale surnaturelle se jouait à persécuter une poignée d’hommes, en apparaissant à plusieurs étapes de leurs vies. L’ouvrage était un savant mélange de terreur à la Stephen King (Straub a co-écrit plusieurs livres avec lui, ce qui n’est pas un hasard) et à la Henry James (Sear James, l’un des membres de The Chowder Society raconte une histoire vécue du temps où il était jeune professeur, très inspirée du Tour d’écrou). Universal s’empresse d’adapter au cinéma l’œuvre de Straub, en confiant le scénario à Lawrence D. Cohen, familier de l’univers de Stephen King, puisqu’on lui doit les scenarii de Carrie au bal du diable (1976), Ça (1990) et Les Tommyknockers (1993). La réalisation revient à John Irvin, plus habitué à l’action – Les chiens de guerre (1980), Le contrat (1986), Hamburger Hill (1987) – qu’à l’épouvante.

Divisée en trois épisodes principaux (le présent, le passé proche et 50 ans en arrière), l’adaptation sur grand écran, quoique pas entièrement ratée, tend à appauvrir considérablement l’univers inventé par Straub. Dans le roman, Eva Galli était une créature maléfique métamorphe, s’amusant des humains depuis la nuit des temps, en préparant ses jeux des décennies à l’avance. Capable de plonger ses proies dans des hallucinations en trois dimensions, elle était aidée dans ses dessins macabres par Fenny et Gregory Bate, des sbires tenant autant du vampire que du zombie et du loup-garou. Le film d’Irvin taille à la serpe dans les 600 pages, en changeant inutilement le sens du récit. Il n’est plus question d’un jeu de massacre orchestré par une Galli manipulatrice, perverse à l’extrême, mais d’une simple histoire de vengeance d’outre-tombe d’une femme bafouée voulant rendre des comptes, non seulement à ceux qu’elle estime responsable de sa mort, mais aussi à leur descendants. Quand la belle jeune femme laisse chacune ses victimes apercevoir sa véritable apparence (la mise en scène ayant alors recours au procédé si efficace du Jump Scare), Galli se transforme en un cadavre spongieux, confectionné par le maître des effets spéciaux Dick Smith. Un fantôme ayant mariné bien des années dans l’eau, à la physionomie putréfiée assez proche de celle des Deadites d’Evil Dead. Les séides de Galli sont toujours présents dans la version cinéma, à la différence qu’ils ne sont plus des ressortissants terrifiants de l’au-delà, mais des échappés grimaçants d’un l’hôpital psychiatrique !

Alice Krige / Eva GalliLe livre Ghost Story évoquait Salem’s Lot de Stephen King, avec lequel il partageait l’intrigue associant un homme (Don Wanderley/Ben Mears) et un adolescent (Peter Barnes/Mark Petrie), pour combattre le mal (Galli/Barlow) dans une petite ville américaine. Le long-métrage se passe du personnage décisif du jeune Peter Barnes, pour se recentrer sur les rapports entre les membres de The Chowder Society et l’écrivain ayant eu le malheur de croiser la route du mal pur. En fait, seul le format d’une mini-série pourrait entièrement rendre justice à Ghost Story.

Toutefois ces réserves étant faites, il faut bien reconnaître que certains éléments de la version d’Irvin fonctionnent à merveille. Tout d’abord, Alice Krige, nimbée d’un halo morbide, restitue assez bien l’ambiguïté malsaine d’Eva Galli, une beauté vénéneuse d’un autre monde. Le meilleur segment du film est certainement celui du flashback durant lequel Don Wanderley (Craig Wasson) narre aux vieux membres du club sa rencontre avec Alma Mobley… qui s’avèrera en réalité être Eva Galli. Quelques scènes romantiques laissent vite place à un sentiment de malaise, au fur et à mesure que le comportement bizarre d’Alma trouble Don en même temps que le spectateur. Wasson arrive alors à faire passer toute l’angoisse et l’incompréhension de l’amoureux réalisant que ce sont plus que quelques cases qui manquent à son amie, sans pouvoir déterminer ce qui ne va pas chez elle.

Fred AstaireAutre bon point de l’adaptation en images de Ghost Story, tous les membres de The Chowder Society sont interprétés par des vétérans du cinéma. Si l’on a vu le film avant de s’attaquer au livre, il est alors difficile de ne pas imaginer Ricky Hawthorne sans les traits de Fred Astaire, ni Sear James sans ceux de John Houseman. Mais le flashback racontant l’amitié contrariée entre les quatre amis et Eva Galli, lors de leur jeunesse, peine franchement à convaincre, à cause d’un choix de casting aberrant. Tim Coate, censé jouer un Astaire d’une vingtaine d’année, aurait plus été crédible en Melvyn Douglas jeune, tandis que Mark Chamberlin ressemble bien plus physiquement à Fred Astaire qu’à Douglas ! Il est également dommage, faute de temps, d’avoir sacrifié un personnage assez original du livre. A savoir Stella Hawthorne, dépeinte par Straub comme une sexagénaire très bien conservée, au caractère très prononcé, volage mais très attachée à son mari. Avec ses traits fatigués, Patricia Neal ne correspond pas du tout à la conception de Stella que l’on pourrait avoir. Le chargé du casting aurait mieux fait de chercher du côté d’Alexis Smith ou Angie Dickinson.