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Hellgate
HELLGATE
De William A. Levey
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : En 1958 dans la petite ville minière de Hellgate, des motards enlèvent la belle Josie (Abigail Wolcott). Son père, le maire Lucas Carlyle (Carel Trichardt) essaye de lui porter secours, mais elle meurt accidentellement. Lucas utilise alors un étrange cristal trouvé dans sa mine pour la ressusciter. Devenue spectre, Josie se venge de sa mort en s’en prenant aux conducteurs ayant le malheur de la prendre en stop. Trente et un ans plus tard, quatre amis passent des vacances près de Hellgate, transformé en repaire de zombies contrôlés par Lucas. En cherchant son chemin, Matt (Ron Palillo) fait la rencontre de Josie. Y survivra-t-il ?



POINT DE VUE

Ron PalilloEn regardant Hellgate, on a du mal à en croire ses yeux, tant il cumule d’éléments bizarres. Un héros au physique très quelconque, visiblement joué par un acteur gay (Ron Palillo) est inexplicablement l’objet de toutes les attentions de trois femmes. Sa petite amie Pam (Petrea Curran), jalouse à juste titre ; une serveuse délurée aux sourcils bien trop peints (Kimberleigh Stark), et enfin Josie (Abigail Wolcott), fantôme vénéneux d’une femme morte en 1958… mais pourvue d’une paire d’implants mammaires plutôt désastreux, évoquant davantage les années 80. C’est son chirurgien esthétique qu’elle devrait hanter pour se venger, pas les conducteurs la prenant en voiture ! A cela s’ajoutent Lucas, le père de Josie (et par ailleurs sosie de l’acteur de La famille Adams John Astin), mordu au visage par une tortue naturalisée qu’il a ramenée à la vie avec un cristal magique ; un poisson rouge enflant jusqu’à exploser après avoir tâté du cristal ; une ville fantôme dans laquelle cinq danseuses se mettent à danser un joyeux French Cancan sur la scène du saloon ; ou encore le réalisateur faisant une apparition à la Hitchcock, en tête coupée se mettant à parler dans un frigidaire !

Pourtant, en étant bon public, Hellgate est loin d’être un film médiocre. Doté d’un charme hypnotique, il a le mérite de ne jamais être ennuyeux. Avant ce très curieux ovni, William A. Levey avait déjà œuvré dans l’horreur avec Blackenstein (1973), tourné en 10 jours pour 40.000$ en en rapportant 2 millions lors de sa première année d’exploitation. Puis il s’essaye à l’érotisme avec Wam Bam Thank You Spaceman (1975) et surtout Slumber Party ’57 (1976), le premier film de Debra Winger. En 1988, il accepte de partir en Afrique du Sud, malgré ses craintes concernant l’Apartheid, pour réaliser Committed avec Jennifer O’Neill.

Petrea CurranL’année d’après, il revient en Afrique du Sud pour mettre en scène Hellgate, censé se dérouler aux Etats-Unis du côté du Lac Tahoe, afin de bien viser le public américain. Levey cherche alors des acteurs ayant un accent américain convaincant, quitte à ne pas choisir Embeth Davidtz (future actrice de L’armée des ténèbres et La liste de Schindler), au motif que son accent laissait à désirer ! Le cinéaste confie le rôle principal à son compatriote Ron Palillo, ayant précédemment joué pour lui dans Skatetown, U.S.A. (1979) et le précité Committed, surtout connu dans son pays pour la série Welcome Back, Kotter (1975-1979), dans laquelle il donnait la réplique à John Travolta.

Quant au personnage de Josie, la tentatrice fantomatique, Levey jette son dévolu sur Abigail Wolcott, un mannequin sud-africain dont ce sera la seule incursion sur le grand écran. Pour la diriger, Levey s’efforce de réduire au minimum ses répliques, une méthode qu’il avait utilisée précédemment dans Skatetown, U.S.A. avec Dorothy Stratten, autre modèle sans expérience dans la comédie. Le réalisateur est également contraint de couper dans le scénario de Michael S. O’Rourke (Deadly Love, Moonstalker) pour l’adapter au budget alloué. Il ne faut pas croire pour autant que Hellgate a été fait à l’économie, Levey a pu non seulement bénéficier des décors d’une ville, recourir à un hélicoptère pour des plans en hauteur de l’arrivée des motards dans la rue principale, et enfin filmer avec sept caméras l’explosion finale de l’hôtel.

Abigail WolcottSelon Levey, Hellgate est d’avantage un film à l’humour « camp » qu’un film d’horreur. Il le rapproche des comédies comme Scary Movie (Keenen Ivory Wayans, 2000). Pourtant, son métrage, s’il affiche un second degré évident, n’est pas une parodie comme Scary Movie. Par son aspect fantastique, il évoque Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962) en plus déjanté et se rapproche surtout de Réveillon sanglant (Norman J. Warren, 1987) dont l’idée est similaire, avec ses jeunes se retrouvant persécutés dans une ville hantée. Si Ron Palillo, âgé de 40 ans lors du tournage, fait un peu faisandé pour jouer les étudiants en fin d’études, il arrive à rendre le héros Matt assez attachant, tandis que ses disputes avec sa petite amie Pam, parsemant l’intrigue, ne sont jamais crispantes. Après Hellgate, William A. Levey restera 2 ans en Afrique du Sud mais ne réalisera plus rien, il est bien dommage qu’il n’ait pas poursuivi sur sa lancée, pour persévérer dans le délire foutraque.