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A Scandal in Paris
SCANDALE À PARIS
De Douglas Sirk
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Né en prison, un séduisant délinquant (George Sanders) connaît une jeunesse tumultueuse, flanqué de son ami Emile (Akim Tamiroff). Après avoir délesté une danseuse (Carole Landis) de sa jarretière sertie de diamants, il part en Egypte avec un faux grade de lieutenant de l’armée de Bonaparte. Deux ans après, il revient en France et emprunte l’identité de François Vidocq à une pierre tombale. Après avoir retrouvé des bijoux qu’il avait lui-même volés à la Marquise de Pierremont (Alma Kruger), Vidocq est nommé chef de la Sûreté par le beau-fils de celle-ci qui est aussi Ministre de la police (Alan Napier). Fort de cette position inespérée pour un aigrefin, Vidocq envisage alors de cambrioler la banque centrale de Paris.



POINT DE VUE

Carole LandisVoleur, bagnard, policier puis détective, la vie d’Eugène-François Vidocq (1775-1857) ne pouvait qu’inspirer la télévision et le cinéma. On se souvient des mémorables séries de l’ORTF, Vidocq (1967) avec Bernard Noël et Les nouvelles aventures de Vidocq (1971-1973) avec Claude Brasseur. Puis sur grand écran, Vidocq (Pitof, 2001) permettait à un Gérard Depardieu gonflé à l’hélium de promener la figure historique dans un univers fantastique, où il se battait contre une sorte de Fantômas. Les évènements de Scandale à Paris se situent avant ceux des séries et du film de Pitof, au temps où Vidocq était en marge de la loi. Il s’agit cette-fois d’une biographie très romanesque, expliquant ce qui a mené Vidocq à changer de camp.

Les mélodrames du cinéaste Douglas Sirk (Le secret magnifique, Tout ce que le ciel permet, Ecrit sur du vent, La ronde de l’aube, Mirage de la vie) ont quelque peu fait ombrage à d’autres de ses œuvres plus légères comme Capitaine Mystère (1955) et Scandale à Paris. Ce dernier est une sacrée surprise, avec des idées de mise en scène et de cadrage visuellement très réussies. Que ce soit le numéro de chant de Loretta (Carole Landis) en ombre chinoise dans un cabaret, durant lequel elle brûle avec une bougie l’écran derrière lequel elle se trouve pour sortir de l’ombre ; le plan où la caméra regarde à travers une serrure ou encore Vidocq, filmé en biais à côté de la pierre tombale qui va lui inspirer sa nouvelle identité. Tourné en studio, les décors donnent un aspect presque féérique à l’ensemble, tandis que les dialogues sont plein d’esprit (« les chaînes du mariage sont parfois si lourdes qu’il faut être trois pour les porter », dit à un moment Vidocq lorsque Loretta, lui propose une relation, alors qu’elle est mariée à un haut fonctionnaire de police).

Signe HassoLe ton de Scandale à Paris est tout d’abord humoristique, avec un anti-héros, mélange de Casanova, d’Arsène Lupin et de Don Quichotte du crime flanqué de son Sancho Panza, dont on suit les aventures picaresques. Puis s’opère progressivement une rupture, lorsque Vidocq se remet en question, touché par la dévotion que lui porte la pure Thérèse de Pierremont (Signe Hasso) en total contraste avec la personnalité et la sexualité plus agressives de Loretta. Vidocq en vient à choisir le droit chemin, au grand dam de son comparse Emile désirant continuer sa voie dans le banditisme. Le métrage évoque alors le dilemme tant vu dans les westerns comme La légion des damnés (King Vidor, 1936) ou Les chevaliers du Texas (Ray Enright, 1949), où d’anciens amis doivent dorénavant s’affronter, l’un s’étant révélé bon, l’autre mauvais.

Le scénario d’Ellis St. Joseph, auteur ayant surtout œuvré pour la télévision (Au-delà du réel, Batman, Au cœur du temps), développe dans les situations décrites une sorte de symétrie vraiment astucieuse. Ainsi, au début de Scandale à Paris, Vidocq habillé en Saint Georges pose avec Emile en dragon pour un peintre à qui les deux lascars vont fausser compagnie en lui volant son cheval. Tandis que lors de la confrontation finale, Vidocq terrassera son ennemi avec une lance providentiellement trouvée sur un manège. Autre symétrie, Vidocq séduisant Loretta pour lui subtiliser sa précieuse jarretière, se retrouvera deux ans plus tard dans la position de l’arroseur arrosé, lorsque le hasard mettra de nouveau la belle sur sa route. Enfin, s’agissant de Loretta, comme dit plus haut, sa première apparition est sous forme d’ombre chinoise… il en sera de même, plus tragiquement, pour sa dernière.

George SandersLe suave George Sanders domine la distribution, dans le genre de personnage ambigu ayant jalonné sa carrière. Le curseur du cynisme et de la misanthropie de Vidocq est cependant moins poussé que celui de Max Fairley dans L’aventure de Madame Muir (Josephewicz, 1947) ou d’Addison DeWitt dans Eve (Joseph Mankiewicz, 1950). Carole Landis apporte un charme canaille à Loretta et le couple qu’elle forme avec Richet (Gene Lockhart), homme âgé qu’elle a épousé pour sa fortune et son statut, n’est pas sans rappeler Lola Lola (Marlene Dietrich) et le professeur Rath (Emil Jannings) dans L’ange bleu (Joseph von Sternberg, 1930). Ce sera l’un des derniers rôles de l’actrice, qui se suicidera en 1948, retrouvée morte par Rex Harrison avec qui elle avait eu une liaison. Quant à Signe Hasso, il faut reconnaître qu’à 36 ans lors du tournage, elle était un peu trop mûre pour jouer les vestales et compose de ce fait une piètre rivale à Carole Landis dans le cœur de George Sanders. En revanche, Jo Ann Marlowe, qui interprète Mimi, sa petite sœur cadette attire davantage l’attention. Sympathiquement effrontée, elle se révèle bien plus futée que son aînée, tout comme l’était Emmy (Diana Lynn) face à Trudy Kockenlocker (Betty Grable) dans Miracle au village (Preston Sturges, 1944).

IMAGE ET SON

L’image restaurée est fine, d’une belle profondeur. La piste sonore quant à elle présente de nettes imperfections à partir de 45 minutes, avec certains dialogues devenant difficilement audibles.






SUPPLÉMENTS DE L’ÉDITION DVD

Films-annonces de la collection Les classiques (durée : 3’44’’)



 


Titre original : A Scandal in Paris
Titre français : Scandale à Paris
Réalisateur : Douglas Sirk
Acteurs : Signe Hasso, Carole Landis, George Sanders, Akim Tamiroff
Durée : 95’27’’
Suppléments : bandes-annonces
Zone : 2
Editeur : Artus Films
Année du film : 1946
Format image : 1.37:1, noir et blanc
Langue : anglais
Sous-titrage : français (amovible)
Son : Dolby Digital Mono 2.0

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